Les polaroids incandescents de Lucas Samaras
L’Art Institute de Chicago nous invite à redécouvrir l’œuvre photographique de Lucas Samaras, artiste américain qui a fait de son propre corps un terrain d’expérimentation hallucinatoire.
Par Guénola Pellen. Photos de Lucas Samaras.
Né en Grèce, marqué enfant par la guerre civile, Samaras a très tôt converti la violence du réel en matière plastique. Arrivé à 12 ans dans le New Jersey, il s’immerge très jeune dans les happenings new-yorkais des années 1960, ces performances fiévreuses où le corps devient œuvre. Cette obsession du corps-spectacle ne le quittera jamais.
Avec le Polaroid, il trouve son médium cardinal. Il nomme sa démarche « autopolaroïd » : seul dans son appartement-atelier, il se photographie sous tous les angles, grimace, gesticule, se dénude, puis intervient sur l’émulsion encore tiède pour tordre les chairs et dissoudre les contours. Le résultat tient du sortilège chromatique.
Ses Phototransformations des années 1970 sont saisissantes : son corps semble se liquéfier dans des coulées de pigments, se dédoubler, se résorber dans un magma de couleurs. L’historien et critique d’art Jean-François Chevrier voyait en lui « le Klimt de notre temps » : même labyrinthe ornemental, même jouissance narcissique enveloppée dans une géométrie enivrante.
L’exposition réunit photographies, sculptures et peintures issues de la collection du musée, dont des œuvres récemment offertes par la succession de l’artiste. Un parcours qui restitue, sur sept décennies, l’entêtement magnifique d’un homme chez qui chaque geste quotidien s’est mué en acte artistique.
« Lucas Samaras: Sitting, Standing, Walking, Looking » est à voir à l’Art Institute de Chicago jusqu’au 20 juillet 2026.