Lucas Samaras. Panorama, 1983–86. Art Institute of Chicago, don de Robert et Gayle Greenhill.
EN IMAGES

Les polaroids incandescents de Lucas Samaras

L’Art Institute de Chicago nous invite à redécouvrir l’œuvre photographique de Lucas Samaras, artiste américain qui a fait de son propre corps un terrain d’expérimentation hallucinatoire.



Par Guénola Pellen. Photos de Lucas Samaras.

Lucas Samaras. Split, 1973. Art Institute of Chicago, don de Robert et Gayle Greenhill.

Né en Grèce, marqué enfant par la guerre civile, Samaras a très tôt converti la violence du réel en matière plastique. Arrivé à 12 ans dans le New Jersey, il s’immerge très jeune dans les happenings new-yorkais des années 1960, ces performances fiévreuses où le corps devient œuvre. Cette obsession du corps-spectacle ne le quittera jamais.

Lucas Samaras. Nature morte, 30 juin 1978. Art Institute of Chicago, don de Robert et Gayle Greenhill.

Avec le Polaroid, il trouve son médium cardinal. Il nomme sa démarche « autopolaroïd » : seul dans son appartement-atelier, il se photographie sous tous les angles, grimace, gesticule, se dénude, puis intervient sur l’émulsion encore tiède pour tordre les chairs et dissoudre les contours. Le résultat tient du sortilège chromatique.

Lucas Samaras. Phototransformation, 4 avril 1976. Art Institute of Chicago, don de la Fondation Lannan.

Ses Phototransformations des années 1970 sont saisissantes : son corps semble se liquéfier dans des coulées de pigments, se dédoubler, se résorber dans un magma de couleurs. L’historien et critique d’art Jean-François Chevrier voyait en lui « le Klimt de notre temps » : même labyrinthe ornemental, même jouissance narcissique enveloppée dans une géométrie enivrante.

Lucas Samaras. Photo-Transformation, 6 novembre 1973. Art Institute of Chicago, acquis grâce à des fonds fournis par la Polaroid Corporation.

L’exposition réunit photographies, sculptures et peintures issues de la collection du musée, dont des œuvres récemment offertes par la succession de l’artiste. Un parcours qui restitue, sur sept décennies, l’entêtement magnifique d’un homme chez qui chaque geste quotidien s’est mué en acte artistique.



« Lucas Samaras: Sitting, Standing, Walking, Looking » est à voir à l’Art Institute de Chicago jusqu’au 20 juillet 2026.

Vous avez perdu la vue.
Ne ratez rien du meilleur des arts visuels. Abonnez vous pour 7€ par mois ou 84€ 70€ par an.