David Lynch, sans titre (Berlin), 1999. © The David Lynch Estate, avec l'aimable autorisation de la Pace Gallery
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David Lynch : rideau à Berlin

Avant une grande rétrospective prévue à l’automne 2026 à Los Angeles, Berlin offre un dernier rendez-vous avec l’œuvre plastique de David Lynch, décédé en janvier 2025.


Par Guénola Pellen. Art de David Lynch.

David Lynch, sans titre (Factory, Berlin), 1999. © The David Lynch Estate, avec l'aimable autorisation de la Pace Gallery

Aux murs de l’espace berlinois de Pace Gallery, une série de photographies captées à Berlin en 1999 ancre l’exposition dans la géographie intime de la ville. Des friches. Des façades rongées. Des textures que personne ne regarde. Ces lieux ressemblent à ceux que ses films tenteront plus tard d’habiter : des endroits où ce qu’on abandonne refuse de disparaître tout à fait.

David Lynch, Arbre la nuit, 2019, peinture technique mixte. © The David Lynch Estate, avec l'aimable autorisation de la Pace Gallery

David Lynch peignait avant de filmer. Comme on suffoque, par urgence, par impossibilité de faire autrement. Berlin, ville qui connaît la noirceur et ce qu’on bâtit par-dessus, lui consacre encore quelques jours ses murs. Avant Eraserhead et les rideaux rouges de Twin Peaks, Lynch a écumé les écoles d’art — Corcoran, Boston, Philadelphie — non pour décrocher un diplôme, mais pour trouver un langage. Il l’a forgé avec de la peinture, du bois, ses mains. Hollywood viendra plus tard.

David Lynch, Billy (et ses amis) ont retrouvé Sally dans l'arbre, 2018. © The David Lynch Estate, avec l'aimable autorisation de la Pace Gallery

Ses films puiseront leur substance de ces aquarelles jamais exposées. De ces peintures aux matières mêlées — huile, colle, résine, tout ce qui encombre un atelier quand on refuse de distinguer les matériaux nobles des autres. Pour l’anecdote, Lynch fabriquait lui-même ses cadres. Non par coquetterie. Par exigence totale : il ne déléguait rien, ni le cadre, ni les clous.

David Lynch, Matchstick Lamp C, 2019 et Red Zig-Zag, 2022. © The David Lynch Estate, avec l'aimable autorisation de la Pace Gallery

Trois de ses lampes-sculptures occupent l’espace. Acier, résine, plexiglas, plâtre. Déjà présentes lors de ses débuts chez Pace en 2022, elles n’éclairent qu’à moitié. Elles font ce que Lynch a toujours fait : elles découpent des poches d’ombre plutôt que d’apporter seulement de la clarté. Quand on s’en approche, la lumière recule.

David Lynch, sans titre (Berlin), 1999. © The David Lynch Estate, avec l'aimable autorisation de la Pace Gallery

Dans une salle voisine, des courts métrages de jeunesse tournent en boucle face aux toiles. On perçoit la même chose des deux côtés de la cloison. Ce que la peinture retenait, coincé dans l’épaisseur de la matière, la pellicule le libérait. Mais la source demeure sur la toile. La peinture ne constituait pas un détour vers la photographie et le cinéma. Elle abritait le point de départ de sa psyché, et peut-être son point d’arrivée.

David Lynch, Je vais te rendre visite chez toi, 2008-2009. © The David Lynch Estate, courtesy Pace Gallery

 




« David Lynch » est à voir à la Pace Gallery de Berlin jusqu’au 29 mars 2026.

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