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Dans son travail le plus récent, révélé lors de la Unseen Photo Fair à Amsterdam, le photographe et activiste argentin Marcelo Brodsky réinterprète des images d’archive de soulèvements sociaux ayant eu lieu dans les années 1960 aux Pays-Bas. 

 
© Marcelo Brodsky 

Marcelo Brodsky vient de dévoiler à Amsterdam les images de son tout dernier travail, PROVO, Seeds of New Ideas. Pendant la Unseen Photo Fair, sur le stand de la galerie Rolf Art, l’on pouvait ainsi voir les images d’archive en noir et blanc recouvertes d’annotations et interventions colorées propres au style de l’artiste argentin. 

C’est en 2018, alors qu’il fait partie du jury du World Press Photo à Amsterdam, que le photographe et activiste Marcelo Brodsky tombe sur les images du mouvement Provo, dans les archives de la ville. Si le mouvement ne lui était pas inconnu (il l’avait découvert lors de ses recherches sur les révoltes de 1968 à travers le monde qui ont mené à la réalisation de son précédent travail, 1968 : The Fire of Ideas), les photographies qu’il voit alors le frappent. Il sent qu’il doit en faire quelque chose, et commence à intervenir artistiquement sur les images qui deviendront alors la série PROVO, Seeds of New Ideas. 


© Marcelo Brodsky 

La photo de classe 

Depuis de nombreuses années, le photographe travaille à partir d’images d’archive. Issu d’une famille d’immigrés (« comme tous les Argentins », aime-t-il à le rappeler) en Argentine, Marcelo Brodsky a dû fuir la dictature militaire de son pays, se retrouvant à son tour immigré à Barcelone. Il y passera plusieurs années de sa vie. La dictature militaire, en le poussant à l’exil mais aussi en faisant de son frère l’un des nombreux « disparus » de ce sombre épisode politique, marquera ainsi profondément sa vie. Les thèmes de l’exil et des migrations, tout comme les luttes populaires et les combats menés en faveur de la justice et des droits de l’Homme influencent son travail jusqu’à aujourd’hui. 

L’image La clase (la classe), issue de l’un de ses premiers travaux Buena Memoria (bonne mémoire), est la photographie qui l’a fait connaître à l’international, et probablement celle qui reste la plus emblématique de son travail. Brodsky a inscrit au crayon de couleur sur une version agrandie de sa photo de classe de 1967 les nouvelles qu’il avait pu obtenir de ses camarades près de 30 ans après que la photographie ait été prise. La dictature était passée par là, faisant de ces élèves aux visages enfantins des disparus, assassinés, exilés, traumatisés. Par cette photographie, l’artiste aborde ainsi avec finesse l’impact de la dictature sur le peuple argentin, en racontant une histoire extrêmement violente à travers une esthétique qui contraste par son ton presque candide. 


© Marcelo Brodsky 

Des luttes qui reprennent vie 

C’est avec ce même style graphique, consistant à intervenir avec des crayons et feutres colorés sur des reproductions d’images d’archives ou d’actualité en noir et blanc, qui est maintenant le sien et qui permet de l’identifier au premier coup d’œil, que l’activiste a décidé d’aborder dans ce nouveau travail les images du mouvement Provo. Porteur d’idées libertaires et contestataires, Provo est un mouvement social et politique né aux Pays Bas entre les années 1965 et 1967, et parfois considéré comme l’un des prémices aux révolutions de 1968 à travers le monde. 

Les images de PROVO, Seeds of New Ideas montrent des manifestations, des réunions dans les imprimeries pour préparer tracts, affiches et journaux, des rassemblements dans les rues — souvent encadrés par des policiers tentant parfois de les contenir. Alors que des images d’archive présentées de manière classique auraient pu nous sembler lointaines et détachées de nos luttes actuelles, le photographe y a apposé des touches de couleur et phrases manuscrites. Alors, les luttes reprennent vie. Les fumigènes et feux allumés dans les rues semblent se remettre à crépiter, les slogans, les protestations et les mots criés s’échapper à nouveau des bouches et des pancartes. 

En ressortant ces révoltes du passé et en les extrayant de leur statut de faits historiques, Marcelo Brodsky capte notre regard, et réussit à réveiller le pouvoir de ces images. Bien au-delà d’une simple ré-activation de ces photographies, l’activiste les ré-enchante, et permet à la puissance de révolte qui les habite d’opérer à nouveau. 


© Marcelo Brodsky 

Un écho pour une génération engagée 

Celui qui a créé Visual Action, une organisation qui lutte pour le respect des droits de l’Homme à travers les images, est convaincu du pouvoir de la photographie et de sa capacité à mener à l’action. Comme il le formule : « les photographies d’archive sont essentielles pour transmettre l’Histoire et rendre compte d’expériences passées aux nouvelles générations, parce que les histoires qu’elles contiennent produisent de l’empathie, et permettent ainsi de toucher et émouvoir les jeunes générations ». 

PROVO, Seeds of New Ideas, en réunissant la force des images-documents évoquée par le photographe et la touche toute personnelle d’un artiste militant, est très certainement un travail qui saura faire écho chez une génération déjà engagée dans les luttes sociales et écologiques de son époque. 


© Marcelo Brodsky 

 


© Marcelo Brodsky 

Par Elsa Leydier

 

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