Loop


Dans son livre Murder publié chez MACK, le photographe canadien part en quête du mythique volatile. Entre images d’archive et périple au Japon, il propose un parcours mystérieux dans les brumes de son identité. 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

Quand il était enfant, en 1982, Guillaume Simoneau s’est pris d’amitié pour des corbeaux. Son père, en effet, avait découvert un nid alors qu’il coupait du bois là où ils habitaient au Canada et l’enfant avait immédiatement noué des liens avec cet étrange animal. Des années plus tard, le photographe qu’est devenu Guillaume Simoneau s’interroge sur la présence du corbeau dans sa vie, son aura mythique, sa puissance évocatrice. Le corbeau signifie évidemment la mort. Mais il est aussi messager de la découverte du monde. C’est en tout cas ce que nous montre le photographe quand il glisse ici ou là des photographies qu’a réalisé sa mère alors qu’il était enfant et sur lesquels on le voit nourrir un oiseau, en prendre d’autres sur les bras, en regarder un avec amour. 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

Hiroshima

À ces photographies d’archive répondent des images que Guillaume Simoneau a réalisées en parcourant le Japon d’aujourd’hui. Il marche dans les traces du photographe japonais Masahisa Fukase, célèbre pour avoir publié un livre de photographies dédié aux corbeaux, intitulé The solitude of Ravens. Fukase traque dans l’ombre du volatile l’absence de sa compagne chérie et en fait le fantôme de tout un pays hanté par les avions de la Seconde Guerre mondiale - autant les kamikazes que les bombardiers qui jetteront la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki.

Au détour d’une rue, Guillaume Simoneau prend en photographie la devanture d’un restaurant qui s’appelle “Ravens”, le visage intrigué d’une passante, la marche difficile d’un vieil homme. L’entreprise de deuil qui caractérisait le livre de Masahisa Fukase prend ici une autre dimension. Ce n’est pas un deuil amoureux, mais davantage celui d’une enfance. Cette joie facile à côtoyer un être vivant aux larges ailes noires. Désormais, Guillaume Simoneau est adulte. Cette joie est devenue plus compliquée. L’oiseau possède dans son esprit toute la symbolique qui lui échappait enfant. La mort. Une mauvaise réputation. 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

L’araignée 

C’est peut-être pour cette raison que le photographe introduit l’image d’un autre oiseau dans son livre : l’aigle. L’imposant animal trône littéralement dans l’ouvrage - notamment sur deux pages où il est trempé et semble aveugle. Il y a surtout cette lutte entre un corbeau et un aigle, où ce dernier paraît triompher et que Guillaume Simoneau documente à merveille, traquant le choc des deux volatiles qui s’affrontent sur le toit d’une maison. Peut-être est-ce la métaphore d’une tension inhérente à tout être humain entre son enfance, représentée ici par le corbeau, et l’âge adulte, incarné par la figure de l’aigle ?

Un autre animal entre aussi dans le livre : l’araignée. Guillaume Simoneau insiste sur la toile que fait la bête et montre comment elle ressemble à certaines constructions humaines. On peut dire, qu’après l’enfance et l’âge adulte, l’araignée est la métaphore de la sagesse, de l’âge mûr. Certes, elle ne vole pas comme les oiseaux, mais elle est capable de construire vaillamment un système pour vivre.

D’énigmatiques paysages, parfois des plages à la nuit tombante, viennent d’ailleurs corroborer ce sentiment que la sagesse du monde se retrouve dans les lignes tissées par la nature, comme le sillon passe sur un terrain gorgé d’eau, comme le suggère aussi l’envol du corbeau que Guillaume Simoneau attrape plusieurs fois et qui dit combien l’oiseau trace le chemin de son passage dans le ciel. 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

 


Photographie de ‘Murder’ (MACK, 2019). ©  Guillaume Simoneau. Courtesy of the artist and MACK.

 

Par Jean-Baptiste Gauvin

Murder par Guillaume Simoneau 

MACK 

96 pages, €45 £40 $50

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