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Dans son dernier livre publié par KAHL, le photographe allemand Patrick Bienert explore le poids de l'ex-URSS sur la société géorgienne. Une invitation à découvrir ce pays méconnu en pleine mutation, mais qui semble suspendu dans le temps.


© Patrick Bienert

Vous publiez un livre intitulé East End of Europe aux éditions KAHL, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce projet photographique ?

Ce livre évoque la Géorgie, un pays qui fait la transition entre l'Europe et l'Asie. Je suis venu en Géorgie pour la première fois en 2014. Les photographies ont été prises entre 2015 et 2018, et représentent un échange avec les jeunes générations sur leurs perspectives, leurs rêves, et la vie quotidienne dans ce pays.

Dans l'introduction du livre, il est dit que vous n'avez visité que la Géorgie. Pourquoi avez-vous choisi cette destination spécifique ?

J'ai passé les dix dernières années à photographier et à voyager, pour mon travail personnel, dans les pays autour de la mer Noire, sur les frontières de l'Europe de l'Est. Quand je suis venu en Géorgie pour la première fois, ce pays était différent des autres pays sous domination soviétique que j'avais visités.


© Patrick Bienert

Pensez-vous que ce pays est caractéristique de l'Europe de l'Est ? Et si oui, y a-t-il, selon vous, des traits communs aux peuples d'Europe orientale ?

Je pense qu'il y a une grande différence entre les cultures des pays d'Europe de l'Est. La Géorgie est un lieu privilégié, on l’appelle souvent l’Italie de l'Est en raison de ses beaux paysages, de  sa nourriture et de son vin. Les vestiges de l'occupation soviétique et de son architecture sont la chose la plus visible que les pays d'Europe de l'Est ont en commun.

Votre livre inclut de nombreux portraits. Que pensez-vous que ces visages nous disent de leur pays ?

Le livre dépeint une génération pro-occidentale en Géorgie, un pays en transition entre l'héritage soviétique et le modernisme occidental. Alors que de nombreuses générations plus jeunes sont attirées par l'Europe, le pays est toujours façonné par le conservatisme de l'église orthodoxe géorgienne et les vestiges du passé.


© Patrick Bienert

Vous semblez photographier principalement des femmes. Occupent-elles une place particulière dans la société géorgienne ?

Dans la société patriarcale de Géorgie, on attend de la plupart des femmes qu’elles obéissent aux conventions. Les relations amoureuses avant le mariage sont inacceptables, le sexe est tabou et les rôles attribués traditionnellement aux genres sont encore très marqués. Presque toutes celles que j’ai photographiées étaient mariées et ont eu des enfants de bonne heure, car c'est souvent le moyen le plus simple de s’extraire des structures familiales conservatrices, religieuses, vu que de nombreuses familles n'autorisent leurs filles à déménager que lorsqu'elles sont mariées.

Pourquoi alterner entre noir et blanc et couleur ? Y a-t-il un sens à ce choix ?

Il y a de nombreux endroits en Géorgie où vous avez l’impression de remonter le temps. Les images en noir et blanc sont associées au passé et montrent le poids de l'identité géorgienne.

Avez-vous des souvenirs particuliers de votre long séjour en Géorgie ?

J'ai appris ce que l'espoir d'appartenir à l'Union européenne et la valeur de la pensée européenne signifiaient pour un pays tel que la Géorgie. L'importance de défendre ses souhaits et ses rêves, car il est possible de surmonter les ombres du passé.


© Patrick Bienert

 


© Patrick Bienert

 


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© Patrick Bienert

 

Interview par Coline Olsina

 

East End of Europe, Patrick Bienert

KAHL Editions

164 pages, 40€

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