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A l’heure où les institutions culturelles rouvrent tout juste leurs portes, Blind part à la découverte de collections muséales pour décrypter leurs photographies historiques. Aujourd’hui, l’un des fameux cyanotypes de la photographe britannique Anna Atkins, qui compose les collections du Metropolitan Museum of Art de New York.

On croirait presque retourner en enfance, au temps des herbiers aléatoirement constitués, en empilant feuilles et fleurs comme des trésors de guerre entre les pages déjà gondolées d’un petit album. Cet herbier bleu, cependant, aura été agrémenté par une main experte et aguerrie, faisant ressortir en négatif l’objet de sa quête botanique. On pourrait y voir un pochoir, une illustration ou encore un collage. Il s’agit pourtant bien d’un tirage photographique, et plus précisément d’un cyanotype, procédé monochrome permettant d’obtenir une « photographie sans appareil ».


Anna Atkins, Sargassum bacciferum, vers 1853, The Metropolitan Museum of Art, New York, Gilman Collection, Purchase, The Horace W. Goldsmith Foundation Gift, through Joyce and Robert Menschel, 2005 (CC0 1.0, Public Domain Dedication)

C’est entre 1843 et 1853 qu’Anna Atkins, botaniste britannique décédée en 1871, réalise les différentes planches de son célèbre herbier en douze parties British Algae : Cyanotype Impressions. La photographe-botaniste utilise alors la technique du cyanotype, mise au point en 1839 par John Herschel, qui consiste à faire apparaître en négatif, sur un papier rendu photosensible et exposé à la lumière, l’objet de la « photographie ».

Ainsi capturée par la lumière, cette branche de « sargassum bacciferum », une espèce d’algue brune, se révèle dans un luxe de détails captivants. Magie du cyanotype, à l’ultime précision des extrémités de l’algue s’associe un mouvement central plus flottant, bien moins défini, ramenant la plante à son volume et sa vie, par essence insaisissable ? C’est bien tout l’attrait des cyanotypes d’Anna Atkins : constitutifs d’une base de données et d’observation botanistes, ils n’en restent pas moins photographiques, s’agrégeant une partie indéniable de hasard, et de poésie. 

 

Par Anne Laurens

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