La dernière exposition de la galerie ClampArt, à New York, retrace la passion de la photographe pour le disco et le quartier de Bushwick.

Les Mouches, The Prom Couple kiss On Floor, NYC © Meryl Meisler

« Donc, ai-je répondu à votre question ? »

A 70 ans, la photographe Meryl Meisler relate l’évolution de Bushwick, un quartier de Brooklyn, comme s’il s’agissait de sa propre histoire. « Qu’est-ce qui est à l’origine de votre dernière exposition ? » est la seule question qui ait été posée au cours de l’interview : elle avait juste besoin d’être lancée. Meryl Meisler sait raconter les événements, comme son travail sait les illustrer.

Le Clique, jungle Party, silver People painting Pubic Areas, NYC © Meryl Meisler
IS291cafeteria middle Finger, Bushwick © Meryl Meisler

Lorsqu’on découvre la sélection des 22 tirages présentés par Meryl Meisler à la galerie ClampArt (Chelsea), dans l’exposition intitulée New York PARADISE LOST Bushwick Era Disco, on peut être amené à s’interroger sur leur cohérence visuelle. En effet, qu’y a-t-il de commun entre une photo de sexes argentés et un groupe de jeunes étudiants avachis? La réponse va sans dire : c’est Meryl Meisler qui fait l’unité de cette exposition.

« Je ne vais pas prendre des photos », dit-elle, expliquant la démarche qui a toujours été la sienne. « Je prends des photos là où je vais. » Cette exposition retrace sa vie à New York, entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, et gravite autour de deux mondes distincts : sa vie d’enseignante dans une école publique de New York, et son expérience nocturne de la scène disco new-yorkaise. Au fil des ans, l’interaction de ces deux mondes a inspiré à Mery Meisler un journal visuel de Bushwick. Le spectateur peut distinguer quatre périodes, dans l’histoire d’amour de la photographe pour ce quartier.

Bushwick Linden Bakery & Gospel Tabernacle, Bushwick © Meryl Meisler
Studio54 Reject © Meryl Meisler

En 1977, Meryl Meisler se rend à vélo, avec son amie Judi Jupiter, au légendaire Studio 54 où l’on organise une soirée privée – encore une virée nocturne qu’elle va immortaliser. « Tout le monde a entendu parler d’un endroit appelé Bushwick », dit-elle le lendemain matin – et cela grâce aux dégâts causés par une panne de courant dans ce quartier vulnérable de la ville. A l’époque, cette zone est dans un état de délabrement qui contraste fortement avec la romance disco qu’entretient la photographe avec Manhattan.

En 1981, Meryl Meisler enseigne à temps plein à Bushwick. Elle est soudain immergée dans l’humanité d’un quartier ignoré par des tabloïdes racistes. Durant 13 ans, la photographie va lui servir d’outil dans la gestion de ses classes et le renforcement positif. Elle l’utilise même pour empêcher le décrochage scolaire.

Studio54, Couple embrace © Meryl Meisler
Snowstorm gates Av, Bushwick © Meryl Meisler

En 2007, elle est contactée par un collègue intéressé par l’histoire de Bushwick, et qui ne trouve guère autre chose que des archives à propos de la panne de courant. Lorsqu’il a demandé à des amis où est-ce qu’il pourrait trouver des informations plus nuancées sur la vie de Bushwick, ceux-ci l’ont directement orienté vers Meryl Meisler - « elle prenait toujours des photos ». Et de même que l’on revit son histoire en lisant le journal que l’on tenait au collège, Mery Meisler est fascinée par ces diapositives, dont elle redécouvre des boîtes et des boîtes dans son sous-sol. Sa sélection traverse les années, dans un monde en cours de gentrification, et où la couleur de peau décide de tout.

En 2013, dans les toilettes d’un cabaret burlesque appelé Bizarre, Mery Meisler a une révélation soudaine devant une boule à facettes : en une trentaine d’année, le quartier, que la panne de courant avait rendu célèbre, était devenu une ramification de la scène disco des années 1970. Partant des photos qu’elle a redécouvertes cinq ans plus tôt, et qu’elle a constamment à l’esprit, Meryl Meisner illustre la fusion de deux mondes - le Manhattan sophistiqué des drags et le quartier de Bushwick, dévasté par la panne de courant. La galerie ClampArt présente une sélection de ces images nées d’une révélation, et rassemblées dans un ouvrage de Meisler acclamé par la critique - intitulé, comme l’exposition, A Tale of Two Cities: Disco Era Bushwick.

Studio54 Warhol © Meryl Meisler
Fix bike flat citadel © Meryl Meisler

« Ce sont les entrelacs d’une seule et même histoire », dit Mery Meisler à propos des liens qu’elle établit entre Andy Warhol out on the Upper West Side et five Bushwick kids fixing a bike together. Encore une fois, c’est la vision de Meryl Meisler, pleine d’humour et de vie, qui fait fusionner ces deux mondes. Et de la même manière qu’elle a choisi de ne pas photographier Manhattan en deuil, au moment de l’épidémie de sida, elle n’a pas illustré le délabrement de Bushwick. Comme nombre d’entre nous, elle est tombée amoureuse de New York et montre, avant tout, la beauté de ceux qui y vivent.

 

Par Abigail Glasgow

Abigail Glasgow est une journaliste basée à New York, aux États-Unis, qui s’intéresse aux groupes et aux individus marginalisés par nos sociétés.

 

Copacabana, Coyote Hookers Ball, back At Doorway © Meryl Meisler
IS291, Mr Kitchens, carry Math Books, Bushwick © Meryl Meisler
CopaCabana, COYOTE hookers Ball, 2 queens, NYC © Meryl Meisler

 

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