Depuis 1991, le trimestriel et la maison d’édition Revue Noire ont fait de belles découvertes à voir à Toulouse dans une exposition rassemblant 300 images de 28 photographes originaires de toute l’Afrique et de sa diaspora.

Rotimi Fani Kayode Lorne, 1989, Revue Noire © Rotimi Fani Kayode Lorne

La Saison Africa 2020-2021 offre l’occasion de découvrir « L’Afrique dans tous ses états d’art », comme le résument Les Abattoirs de Toulouse qui ont articulé leur programmation estivale autour de ce continent. Parmi différentes expositions, « Une histoire d’arts contemporains africains » rend hommage à Revue Noire cofondée par Jean-Loup Pivin, Simon Njami, Pascal Martin Saint-Léon et Bruno Tilliette en 1991. Réunissant 300 images de 28 photographes originaires de toute l’Afrique et de sa diaspora, la présentation rend compte de leurs découvertes.

Il y a trente ans, peu nombreux étaient ceux qui s’intéressaient à ce continent dont circulaient surtout les images d’actualité rendant compte des famines et des guerres. Au mieux en avait-on une vision empreinte d’exotisme. Il fallait être experts ou passionnés comme ces quatre hommes, pour dépasser les clichés « et avoir envie de faire connaître la modernité de l’Afrique à cette époque où Internet n’existait pas », note Jean-Loup Pivin. Revue Noire s’était donné une règle : travailler à chaque fois avec un comité de rédaction local. Si le trimestriel s’arrête en 2000 après 35 numéros, l’aventure perdure avec la publication de livres d’art.

Mama Casset, vintage, 1954, Revue Noire © Mama Casset

Chronologique, l’exposition est articulée en quatre parties mettant en lumière l’évolution et la diversité des pratiques au fur et à mesure des décennies. Tout commence par des photos de studio en noir et blanc d’anonymes réalisées dans les années 1920, des petits tirages originaux d’époque associés à des reproductions grand format. Arrivent ensuite la génération suivante et ses grandes figures qui, en fonction de leur pays d’origine, s’emparent de ce classique de l’histoire du médium.

Chaque photographe y apporte la singularité de sa culture et de son regard. La sensualité chez Mama Casset, le précurseur, qui reçoit la bourgeoisie dakaroise dans son studio de la capitale sénégalaise ; la créativité chez le Malien Seydou Keïta qui misait souvent sur l’interaction entre les vêtements et les décors, sans parler de sa maîtrise de la pose des modèles : « La technique de la photo est simple, mais ce qui faisait la différence, c’est que je savais trouver la bonne position », expliquait-il. Dans les années 1980, l’arrivée de la couleur renouvelle le genre comme en Afrique du Sud avec Bob Bobson. Si les poses sont classiques, dans le décor on aperçoit les coulisses du studio.

Jean Depara, 1955, Revue Noire © Jean Depara
Philippe Koudjina, Callas et Pasolini, 1969, Revue Noire © Philippe Koudjina

Autre rupture quand les photographes sortent du studio. C’est le cas de Jean Depara qui, dans les années 1950 à 1970, saisit l’ambiance festive des bars la nuit ou la journée les clubs d'athlétisme et la piscine de la capitale congolaise. A Niamey, au Niger, Philippe Koudjina fait lui aussi des reportages sur la jeunesse locale ou sur les célébrités de passage, de Maria Callas à Johnny Hallyday.

David Damoison, Martinique, Ange Gardien, 2006, Revue Noire © David Damoison
Patrice Félix Tchicaya, Congo, 1994, Revue Noire © Patrice Félix Tchicaya

Dans l’exposition, les décennies 1980 à 2000 démontrent que les photographes africains se sont affranchis de la tradition pour développer leurs propres démarches. Que ce soit Samuel Fosso et ses premiers autoportraits, les quêtes identitaires de David Damoison en couleur en Martinique ou ailleurs, les photos de rue des fous d’Abidjan de Dorris Haron Kasco, les mises en scènes, entre sensualité et ritualité, de Rotimi Fani-Kayode, ou encore les photos de mode décapantes de Patrice Félix Tchicaya. Une exposition riche en découvertes !

 

Par Sophie Bernard

Sophie Bernard est une journaliste spécialisée en photographie, contributrice pour La Gazette de Drouot ou le Quotidien de l'Art, commissaire d'exposition et enseignante à l'EFET, à Paris.

 

« Une histoire d’arts contemporains africains », jusqu’au 29 août 2021. Les Abattoirs, Musée-Frac Occitanie 76 Allées Charles de Fitte, 31300 Toulouse. Plus d’informations ici.

Histoire histoires, livre signé Jean Loup Pivin, Simon Njami, Pascal Martin Saint Leon, Bruno Tilliette, fait le récit en mots et en images de l’aventure Revue Noire, 400 pages, 450 reproductions couleurs, bilingue français/anglais, 45 €.

 

Bob Bobson, South Africa, Durban Studio, 1980, Revue Noire © Bob Bobson
Dorris Haron Kasco, Côte d'Ivoire, Rue d'Abidjan, 1994, Revue Noire © Dorris Haron Kasco
Philippe Koudjina, Niger & Johnny Hallyday, 1969, Revue Noire © Philippe Koudjina

 

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