Intitulée Materia Impura, l’exposition consacrée à Lorenzo VItturi au FOAM jusqu’au 19 janvier présente une sélection d’oeuvres extraites de plusieurs de ses séries emblématiques. Elle permet d’appréhender en profondeur la démarche de Vitturi, entre sculpture, photographie et réflexion sociologique sur l’occidentalisation et la gentrification des grandes villes.  


Fused Cotisso, Terracotta, Manta, Ccochinilla Dyed Yarn Green Pigment, Plum in Gocta, from the series Caminantes, 2019 © Lorenzo Vitturi

De grands assemblages de matériaux et des jeux de couleurs : les photographies de Vitturi se reconnaissent en un coup d’oeil. Pourtant, pour en saisir la complexité, il faut prendre le temps de décortiquer chacune des strates de ces photographies. Matériaux, paysages, composition, couleurs : son travail repose avant tout sur un équilibre – voire une tension- entre modernité et authenticité. Des effets de style qui viennent servir avec intelligence un propos sociologique sur la globalisation et le métissage culturel. 

Bois, écorce, plastique

En amont de chaque photographie c’est toute une série d’étapes qui guident son travail. Que ce soit pour un marché à Lagos, à Marseille ou à Londres, la première démarche de Vitturi est d’habiter les lieux jusqu’à faire corps avec eux. Cette imprégnation passe par des entretiens avec des locaux, des prises de vues, des notes, mais aussi, et surtout, par le glanage. 


Yellow, Blue, Green and Red Cotisso in Paracas, from the series Caminantes, 2019 © Lorenzo Vitturi

Dans chacune de ses compositions Vitturi utilise des éléments qu’il récupère sur les lieux qu’il étudie, qu’ils soient de consommation courante (balais, boîtes, sacs plastiques, etc.) ou des matières naturelles (pierres, écorces, bois, épluchures, fruits, etc.). Des objets qu’il assemble ensuite et fait tenir ensemble en faisant appel à de nombreux langages plastiques- collage, peinture, assemblage - et aux techniques propres à la photographie : surimpressions, présentation en diptyques, paysages, natures mortes et portraits. Ainsi, dans sa série Money Must Be Made qui dépeint le quartier financier de Lagos bouleversé par l’extension du marché de Balongun, Vitturi a plusieurs fois altéré ses photographies pour les tirer à nouveau. Un moyen pour lui de rendre compte des réalités locales et économiques de Lagos, des différentes strates de la société.

Ridley Road

Pour lui il ne s’agit pas de photographier une ambiance, mais de la faire revivre (voire perdurer) en la produisant à nouveau, notamment au travers de la sculpture. En assemblant toutes ces observations et toutes ces matières, en utilisant un langage photographique varié Vitturi se fait alchimiste. Il parvient à retranscrire ce qui l’est difficilement : des ambiances et des atmosphères changeantes et vibrantes. Il confie d’ailleurs au sujet de son travail pour Dalston Anatomy (une ode au marché de Ridley Road (Londres), un lieu multiculturel qui, au fil des années, s’est gentrifié) avoir eu le sentiment de faire rentrer et revivre le marché dans son studio. 


Green Cotisso,Mantas, Foam, Green Fortuny, Mask, Wicker Vase, Blue Plastic in Paracas, from the series Caminantes, 2019 © Lorenzo Vitturi

Ses techniques d’assemblage permettent ainsi de rendre compte de la sensation de patchwork qui émane des grandes villes et l’éphémère de ses sculptures sert un discours sur les identités mouvantes de la société. La sculpture est aussi un moyen de créer un jeu de mise en abyme avec les structures éphémères des marchés mais aussi avec les grandes enseignes lumineuses de la modernité, qui savent tout autant attirer l’oeil. 

Métissage

Le FOAM expose également sa dernière série, Caminante, qui s’inspire de son histoire personnelle -et qui permet aussi d’en comprendre l’importante influence. Son père italien, qui évolue dans le business du verre de Murano, part s’installer au Pérou et rencontre sa mère. On peut penser que c’est de cette vie métissée et de ses allers-retours entre les deux continents que Vitturi tire son regard, son rapport aux matériaux, aux formes, aux lumières. Que c’est aussi de là qu’il tire sa façon singulière d’appréhender les espaces, sa capacité à faire corps avec les lieux, les individus, à proposer un regard documentaire qui ne soit pas ethnocentré. 

Et c’est là toute sa force. 


Brown Fortuny, Mantas, Ccochinilla & Ccoli Dyed Yarn, Fishing Nets, Wood in Lazzaretto Vecchio, from the series Caminantes, 2019 © Lorenzo Vitturi

 

Par Sophie Puig

 

Lorenzo Vitturi, Materia Impura

Du 18 octobre 2019 au 20 janvier 2020

Foam, Fotografiemuseum, Keizersgracht 609, 1017 DS, Amsterdam

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