À travers ses natures mortes, le photographe américain a fixé l’instant d’un chemin, les restes d’un repas. Soigneuses compositions à voir à la galerie Thaddaeus Ropac à Paris.


Irving Penn, New York Still Life, 1947 © Condé Nast

Ce sont des tableaux extrêmement travaillés, où chaque chose est choisie avec soin, à la façon des peintres qui se sont fait une spécialité de la nature morte tel Chardin ou plus récemment, Cézanne. Il vient immédiatement ce sentiment devant les compositions d’Irving Penn que ces dernières s’inscrivent dans une longue tradition picturale, bien qu’elles adoptent des codes et utilisent des objets moins anciens.

Ainsi, la première photographie qui ouvre cette exposition est le gros plan d’une lampe, appareil typique de nos sociétés modernes qui, ici révélé par le travail du photographe et notamment le choix du cadre, lui donne un aspect étrange, l’impression que l’ampoule est l’œil énorme d’un monstre et qu’il nous regarde avec intensité.


Irving Penn, Summer Sleep, New York, 1949 © Condé Nast

Crâne de girafe

Cette capacité à faire parler les objets se poursuit dans les clichés suivants. Ici ce sont des cuillères qui recueillent de l’huile et du vinaigre tandis qu’un morceau de salade est posé nonchalamment sur une table. Là, c’est un broc de faïence sur lequel court une immense fissure. Là, un crâne de girafe dans sa beauté spectrale et sculpturale.

Irving Penn invente des mises en scène où se conjuguent les matières, où l’organique se dispute avec l’inanimé. Parfois, comme un peintre classique, il laisse une mouche se poser sur un fruit. Symbole absolu de notre vanité et de la pourriture que nous deviendrons un jour, repas des mouches.

Ses natures mortes sont semblables à un dîner abandonné sur une table alors qu’on l’a quittée précipitamment. Entre aliments non consommés et assiettes cassées. Elles sont ce qui reste d’un passage d’être humain, les traces mêmes d’une vie, le legs d’une fanaison.


Irving Penn, Still Life with Watermelon, New York, 1947  © Condé Nast 

 


Irving Penn, Ospedale, New York, 1980 © The Irving Penn Foundation

 


Irving Penn, The Empty Plate, New York, 1947 © The Irving Penn Foundation

Par Jean-Baptiste Gauvin

 

Irving Penn, Still Life

Du 7 novembre 2019 au 7 mars 2020

Galerie Thaddaeus Ropac

7 Rue Debelleyme, 75003 Paris

 

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