La galerie GRIMM à New York propose une exposition de la photographe néerlandaise Dana Lixenberg. Grande portraitiste, elle donne à voir une collection de personnalités américaines des années 1990 entre écrivains et intellectuels, rappeurs et artistes, politiciens et entrepreneurs. L’Amérique sublimée d’avant le 11 septembre 2001.


Toni Morrison, 2003 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and GRIMM Amsterdam | New York.

L’exposition American Images regroupe une vingtaine de photographies prises par Dana Lixenberg (née en 1964 à Amsterdam) notamment lors de ses nombreuses contributions pour le magazine Vibe au cours des années 1990. On passe d’un portrait à l’autre avec un certain plaisir tant on reconnaît toutes ces personnalités qui ont forgé l’imaginaire contemporain : le rappeur Jay-Z, l’écrivaine et Prix Nobel de littérature Toni Morrison, la top model Kate Moss, le chanteur Al Green, l’entrepreneur (et maintenant Président des États-Unis) Donald Trump, et d’autres. 

Dana Lixenberg travaille à la chambre photographique grand format, assez près de ses modèles, à la recherche d’une forme de « calme » et d’« introspection », et elle compare volontiers sa démarche à un « slow ». Le nombre limité de prises de vues impose une grande concentration chez le photographe et chez le modèle lui-même qui est toujours saisi un peu malgré lui dans un moment de laisser-aller. Jay-Z est pris en train de bailler, encore en robe de chambre, télécommande à la main, dans un hôtel new-yorkais. Kate Moss semble doucement tomber, jambe fléchie et le corps légèrement courbé dans une ligne serpentine. 


Kate Moss, 1994 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and GRIMM Amsterdam | New York.

Le portrait d’une époque

Derrière ces images, c’est l’Amérique que l’on devine, au sommet de sa gloire et de sa flamboyance – de sa suprématie même – avant les années 2000, décennie marquée par les attentats du 11 septembre et de la crise économique. On y lit le succès décomplexé (à l’image de la photographie du rappeur The Notorious B.I.G qui compte des billets de banque), la confiance et la détermination (comme Donald Trump, pris en légère contreplongée au milieu d’un hall de sa tour de Manhattan, dans un effet de symétrie parfaite) mais aussi déjà, peut-être, une certaine mélancolie, la lassitude du succès.

Il y a quelque chose de presque prémonitoire dans le choix des images. Quand le regard des modèle est frontal, il n’est ni souriant et rarement conquérant, il est bien plus souvent évasif et rêveur. Toutes ces images dressent le portrait de la célébrité d’une manière mélancolique, à l’heure des réseaux sociaux où la star se démocratise, on se croirait dans un monde déjà dépassé et pourtant pas si lointain. Elles interrogent la réussite et le succès de cette Amérique entre deux mondes, celui de sa victoire idéologique après la guerre froide et celui de sa propre crise à venir.


Kamaal “Q-Tip” Fareed, Ali Shaheed Muhammad & Malik “Phife” Taylor (A Tribe Called Quest), 1997 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and GRIMM Amsterdam | New York.

 


Al Green, 1995 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and GRIMM Amsterdam | New York.

 


Shawn Carter (Jay Z), 1998 © Dana Lixenberg, courtesy of the artist and GRIMM Amsterdam | New York.

 

Par Hugo Fortin

Dana Lixenberg, American Images

Jusqu’au 29 février 2020

GRIMM New York

202 Bowery
NY 10012, New York, USA

https://grimmgallery.com/ 

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