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Jusqu’en 2015, le photographe Raymond Depardon a sillonné les terres de France à la rencontre des paysans. Une douce immersion dans la ruralité.

Raymond Depardon, Marcel Privat, Le Villaret, Le Pont-de-Montvert, Lozère, 1993
© 2020 Raymond Depardon

Raymond Depardon est l’un des photographes les plus respectés des Français pour une raison : il raconte le quotidien de ceux qui ne font pas l’actualité. Avant de les photographier, il prend le temps de les connaître et de gagner leur confiance. Ses images les montrent dans leur intimité et racontent avec tendresse leur condition, souvent rudimentaire. « Photographier un paysan, c’est entrer dans sa vie privée et créer des relations de confiance sur de nombreuses années », écrit-il.

Raymond Depardon, Raymond Privat, Monique Rouvière et Marcel Privat, Le Villaret, Le Pont-de-Montvert, Lozère, 1993
© 2020 Raymond Depardon

Ce lien fort trouve son origine dans l'enfance même du photographe. Raymond Depardon est l’un des leurs. Né en 1942 à Villefranche-sur-Saône en Auvergne, ce fils d’agriculteurs prend ses premiers clichés à l’âge de 12 ans, dans la ferme familiale. La première image de Rural, son dernier livre publié en octobre par la Fondation Cartier pour l’art contemporain, fait écho à ces origines. Son père, Antoine Depardon, béret sur la tête, est assis sur une chaise devant une cuisinière à bois d’époque et contemple le sol… Au premier plan, les restes d’un repas dans une gamelle. On retrouve cette authenticité tout au long de l’ouvrage, composé d’une centaine de photos noir et blanc prises à la chambre 6 x 9, cet appareil photographique ancestral qui utilisait à l'origine un film négatif sur plaques de verre. Raymond Depardon y raconte la terre, les hommes, le travail manuel, l’isolement et la fragilité des petites exploitations agricoles, mais aussi la beauté des paysages français.

Raymond Depardon, Le Villaret, Le Pont-de-Montvert, Lozère, 1993
© 2020 Raymond Depardon

« C'est l'automne, nous sommes au début des années 1990 », se rappelle Raymond Depardon dans la préface de son livre. « J’ai acheté un vieux camion autrichien Pinzgauer, un six roues motrices équipé pour dormir dans le désert. Je vais partir seul pour mieux connaître ce territoire et ses habitants situés dans des régions de France désertées. » Le photographe passe du temps avec la famille Privat au Pont-de-Montvert en Lozère, réalise de formidables portraits de ses membres, in situ, puis à la tâche, sans jamais oublier les bêtes. Comme ces hommes accompagnés de leurs troupeaux de moutons et de leurs chiens sur les plateaux vallonnés de la Lozère.

Raymond Depardon, Marcel Privat, Le Villaret, Le Pont-de-Montvert, Lozère, 1993
© 2020 Raymond Depardon

Il photographie aussi la solitude de Paul Argaud à Saint-Jeures (Haute-Loire), Rémi Ponson et ses vaches à Rochepaule (Ardèche) et Madeleine Lacombe à Aubas (Dordogne), magnifiée par le soleil dans un jeu de lumière dont seuls les photographes d’exception ont le secret. Un monde en voie d’extinction. « Ces hommes et ces femmes qui habitaient et persistaient à cultiver ces territoires désolés étaient des sages, des philosophes, des héros, en avance sur l’indispensable décroissance à venir. »

Raymond Depardon, Marcel Privat, Le Villaret, Le Pont-de-Montvert, Lozère, 1993
© 2020 Raymond Depardon

Raymond Depardon, à qui un paysan a un jour dit « Je suis content de vous revoir » n’a pas seulement photographié les agriculteurs : il les a aussi filmés. Outre ses nombreuses publications sur le sujet, il réalise Profils paysans, une trilogie de documentaires sortis entre 2001 et 2008. Qu’elles soient fixes ou mobiles, ses images laissent transparaître la nature du personnage. Elles sont accessibles, profondément humaines et toujours bienveillantes.

Raymond Depardon, Le Villaret, Le Pont-de-Montvert, Lozère, 1993
© 2020 Raymond Depardon

« Aujourd’hui beaucoup de ces paysans ont disparu. Restent les neveux et les nièces, mais peu d’enfants ont repris les exploitations familiales. L’été, pendant les vacances, les villages se repeuplent pour une courte durée. J’aime ces lieux, c’est un grand plaisir pour moi d’y retourner régulièrement pour prendre des nouvelles. »

 

Par Jonas Cuénin

Jonas Cuénin est le directeur éditorial de Blind et l’ancien rédacteur en chef des magazines L’Oeil de la Photographie et Camera.

 

Raymond Depardon, Rural
Éditions Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris 
45 € 

Livre disponible ici.



 

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