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Né à New York, Godlis rend hommage à sa ville dans un nouvel ouvrage, peuplé de scènes drôles, surréalistes et émouvantes de la vie quotidienne.

St. Marks Place, NYC, 1980 © Godlis

En 1975, New York atteint son point de rupture. Pendant des années, on a refusé à la ville les fonds nécessaires aux services essentiels, au nom de la politique fédérale du « Benign neglect », celle de l’atermoiement. La cité est au bord du gouffre. Attaques à main armée, cambriolages et violences en tous genres ont atteint des sommets inégalés tandis que la faillite menace, avec des dettes cumulant à $34 millions. Le président Gerald Ford vient d’annoncer qu’il s’opposerait à tout décret visant à renflouer la ville. Il signe alors l’arrêt de mort de New York.

Times Square, NYC, 1979 © Godlis

Dans la ville abandonnée, ceux qui restent luttent pour survivre, dans un combat qui les façonne, les forge. Ce sont les pauvres, les ouvriers, les artistes et les excentriques qui comprennent que la nature a horreur du vide et rebâtissent New York, créant un univers pétri d’art, de culture et de musique comme le monde n’en a jamais vu, une scène qui aujourd’hui encore n’a pas son pareil. Beaucoup ont fui, mais certains, à l’instar de Godlis, sont revenus, rêvant de devenir photographe des rues.

Times Square, NYC, 1980 © Godlis

Alors en deuxième année d'études à la Boston University, Godlis débute dans la photographie en 1972, après avoir découvert l’exposition Diane Arbus au Museum of Modern Art. Son diplôme en poche, il apprend les ficelles du métier chez ImageWorks aux côtés des célèbres photographes Nan Goldin et Stanley Greene, et commence à arpenter les rues de Boston. Rapidement cependant, il se rend compte que son travail ne reflète pas autant d’audace et de glamour que celui de Robert Frank, Garry Winogrand, Lee Friedlander ou Diane Arbus. À la suite d’une agression, il comprend que des deux villes, c’est New York qui lui offrira le plus de sécurité.

NYC, 1980 © Godlis

New York, la rue, la vie

En fin d’année 1975, Godlis emménage sur St Marks Place, dans l’ancien appartement du militant Abbie Hoffman. Il y réside encore. L’été suivant, il s’achète les mémoires illustrés de Brassaï, The Secret Paris of the 30s, et les parallèles entre l’univers de l’artiste et le sien lui sautent aux yeux. Décidant alors de capturer la scène punk émergente, il passe ses soirées dans le quartier de la Bowery, au CBGB, l’objectif vissé sur les stars montantes, les Patti Smith, Richard Hell ou encore Debbie Harry.

5th Ave bus, NYC, 1976 © Godlis

En flâneur invétéré, il cède également à l’appel de la rue, qu’il sillonne en journée, appareil en main, croquant les scènes drôles, surréalistes et émouvantes de la vie de tous les jours. Rassemblées pour la première fois dans son nouveau livre Godlis Streets (Reel Art Press), les photos prises tout au long de ses promenades brossent le portrait d’une ville qui a depuis quasiment disparu.

NYC, 1976 © Godlis

Dans la pagaille et le chahut, Godlis trouve son propre chemin, photographiant bohémiens, banquiers et nonnes, prostituées, épouses et enfants, vieilles dames et punks. Et tout ce petit monde cohabite, au sein d’une ville plus proche des années 1940 que de notre époque. Ici, les représentants de la faune locale sont tout à la fois acteurs et témoins de la vie qui se déploie, telle une pièce de théâtre. Les photos de Godlis recèlent une sorte de glamour existentiel et forment une illustration éclatante de la survie dans toute sa puissance. À travers l’objectif de Godlis, nous assistons à la fin d’une ère, d’un temps où chacun pouvait clamer qu’il était chez lui à New York.

Veselka, NYC, 1982 © Godlis

Par Miss Rosen

Miss Rosen est journaliste spécialisée en art, photographie et culture, et vit à New York. Ses écrits ont été publiés dans des livres, des magazines et des sites web, dont Time, Vogue, Artsy, Aperture, Dazed et Vice, entre autres.

NYC, 1983 © Godlis

 

Astor Place, NYC, 1980 © Godlis

Godlis Streets 
Chez Reel Art Press
$39,95

Livre disponible ici.

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