Première monographie de la photographe israélienne Iris Hassid, A place of our own est une plongée dans le quotidien de quatre jeunes femmes palestiniennes en Israël.

A place of our own © Iris Hassid

Pendant six ans, de 2014 à 2020, la photographe et artiste israélienne Iris Hassid a photographié Samar, Majdoleen, Aya et Saja entre Tel-Aviv et leurs villages d’origine (Nazareth, Kafr Kanna et Kafr Qara) où la majorité de la population est arabe. Ces quatre femmes font partie de la nouvelle génération d’étudiantes palestiniennes, officiellement appelées arabes israéliennes, de l’université de Tel-Aviv. « Université qui a été construite sur les ruines du village palestinien Sheikh Munis » comme l’écrit Hassid dans l’introduction de sa première monographie A place of our own éditée par la galerie et maison d’édition néerlandaise Schilt Publishing.

A place of our own © Iris Hassid
A place of our own © Iris Hassid

C’est en 2014 que la photographe croise pour la première fois Samar Qupty (devenue aujourd’hui une actrice reconnue) qui venait tout juste d’obtenir son diplôme en audiovisuel à l’université de Tel-Aviv. « J’ai tout de suite admiré Samar, pour son look mais aussi pour ses opinions fortes et intelligentes. » Suite à leur rencontre, Hassid propose à Samar de la photographier, qui accepte sur-le-champ, et lui présente même sa cousine et ses amies pour qu’elles participent aussi au projet. L’idée de cette collaboration lui plait : « C’est intéressant de voir comment toi, l’Autre, tu nous perçois. Et comment nous, nous te percevons. C’est le début de toute solution, de regarder de l’autre côté. »

A place of our own © Iris Hassid

L’intention de Hassid n’est alors pas de réaliser un travail documentaire en capturant de façon brute le quotidien des jeunes femmes mais bien d’échanger avec elles (particulièrement avec Samar qui était en quelque sorte sa guide), les observer puis mettre en place avec leur complicité des séances photo dans certains lieux choisis. À la demande de la photographe, les jeunes femmes apportent parfois plusieurs tenues vestimentaires. Elles se font photographier parfois seule, à deux ou les quatre dans le même plan. Elles discutent ensuite des images prises afin d’en ajouter d’autres, ou d’en supprimer pour raconter au mieux cette histoire qu’elles ont composée toutes les cinq, une histoire que la photographe décrit comme « une réalité complexe et nouvelle » de son pays.

A place of our own © Iris Hassid
A place of our own © Iris Hassid

En réalisant cette série, Hassid cherche à interroger la place de ces femmes dans les sociétés israélienne et palestinienne ainsi que le rapport qu’elle entretient, elle qui est juive israélienne, avec ces jeunes femmes palestiniennes. Qu’est-ce qui les réunit, les sépare, les différencie ? En posant pour la photographe dans les rues de Tel-Aviv, sur leurs lieux de travail, dans leurs appartements mais aussi au sein de leurs familles, les jeunes femmes ont ouvert la porte à Hassid dans un monde qui lui était méconnu mais faisait pourtant partie pleinement de la réalité de son pays. Parfois, Hassid prend des détails en photo, comme l’intérieur d’un frigidaire ou le dessus d’une cheminée où se retrouvent côte à côte des photos de leurs amis, des objets, des dvds. Dans ces images, on devine le passé, le présent, le futur de ces femmes.

A place of our own © Iris Hassid

Dans l’ouvrage, les photographies font face à des citations que Hassid a notées lors des conversations qu’elle a eu avec les jeunes femmes, comme celle-ci qui résume au mieux la complexité de leur identité: Alors que la photographe, probablement gênée, demande à Saja si elle approuve l’une des photographies où le drapeau israélien trône derrière elle, Saja lui répond: « Je ne comprends pas pourquoi tu me demandes toujours si je suis ok avec cette image. Je n’arrête pas de me demander : Qu’est-ce qu’elle a cette photo ? Ai-je l’air bizarre dessus ? C’est juste un drapeau. Je suis une Arabe qui vit en Israël, et voilà le drapeau du pays. Je me définis simplement comme une Arabe d’Israël, pas comme une Arabe Palestinienne. Je ne me réfère pas aux racines israéliennes, et pas tellement aux palestiniennes non plus. Je ne me baladerai pas avec un drapeau palestinien, ni avec un drapeau israélien. »  

Par Sabyl Ghoussoub

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d'exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l'Antilope en août 2020.

 

Iris Hassid, A place of our own
74€
Disponible ici.

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