Une nouvelle exposition rassemble 100 œuvres réalisées par des femmes durant ces deux derniers siècles.

Paula Chamlee, Nude Collage #1, 1998 © Paula Chamlee

L’histoire de l’art compte de nombreuses œuvres dont nous ignorons un élément capital : le nom de ceux qui les ont réalisées. Dans son essai de 1929 intitulé A Room of One’s Own, l’auteure Virginia Woolf présume en connaissance de cause: « Je ne serais guère étonnée qu’Anon, qui a écrit tant de poèmes sans les signer, soit bien souvent une femme. »

Si, au XXème siècle, les femmes ont commencé à revendiquer une reconnaissance dans les domaines politique et culturel, leur contribution est bien souvent tenue à l’écart du panthéon réservé à leurs homologues masculins. Il a fallu attendre ces dernières années pour que les institutions traditionnelles commencent à s’intéresser à celles qui furent reléguées aux marges de l’histoire, et ce faisant, qu’elles offrent de nouvelles perspectives, reconsidérant le rôle des femmes dans la construction de ce monde.

Berenice Abbott, "El" Station Interior, Sixth and Ninth Avenue Lines, Downtown Side, 1936 © Berenice Abbott

L’exposition intitulée « Underexposed: Women Photographers from the Collection », à Atlanta, rassemble 100 œuvres réalisées au cours du siècle dernier, présentant des visions et approches très diverses, illustrées à travers une grande variété de genres tels que le photojournalisme, le documentaire, le portrait et la publicité. Avec des images de Berenice Abbott, Margaret Bourke-White, Sally Mann, Nan Goldin, Diane Arbus, Zanele Muholi, Sheila Pree Bright, Cindy Sherman, Mickalene Thomas, ou encore Carrie Mae Weems, cette exposition explore la fabrication de l’image au féminin.

Je suis toutes les femmes

« Underexposed : Women Photographers from the Collection » nous rappelle ainsi que les femmes ont largement contribué à l’histoire de la photographie depuis sa création au milieu du XIXème siècle. L’exposition s’ouvre avec le travail de la photographe et botaniste Anna Atkins (1799-1871), qui fut initiée par le père de la photographie lui-même, William Henry Fox Talbot, à ses inventions révolutionnaires : le photogramme et le calotype. En 1841, Anna Atkins acquiert un appareil photo et cette même année, devient la première personne à avoir publié un ouvrage illustré par des photographies.

Imogen Cunningham, Magnolia Blossom, 1975 © The Imogen Cunningham Trust

C’est l’époque du mouvement féministe de la « New Woman », un terme inventé par l’écrivaine irlandaise Sarah Grand en 1894, et rapidement popularisé par les auteurs Ouida et Henry James pour décrire une nouvelle génération de femmes menant leur carrière en toute indépendance et qui se font alors un nom en Europe et aux Etats-Unis, au tournant du siècle. Grandement admirées pour leur professionnalisme, ces femmes ouvriront la voie à des artistes telles qu’Imogen Cunningham, Dorothea Lange, Ilse Bing, ou encore Margaret Bourke-White, qui enrichiront la photographie de nouvelles possibilités esthétiques, conceptuelles et documentaires.

Le XXème siècle voit l’apparition d’une nouvelle vague. Des artistes comme Barbara Kasten, Sheila Pinkel, ou encore Elizabeth Turk, explorent de nombreux procédés expérimentaux, tandis que Diane Arbus, Nan Goldin, Cindy Sherman ou encore Sally Mann redéfinissent notre vision du genre, de la sexualité et de l’identité, à travers leurs différentes approches du portrait. Mais il faudra attendre la fin du siècle pour que les femmes noires accèdent à la reconnaissance, avec des artistes pionnières telles que Carrie Mae Weems. Ouvrant de nouveaux horizons esthétiques, du fait de leur origine ethnique, des artistes comme Mickalene Thomas, Zanele Muholi sont à l’avant-garde du XXIème siècle.

Cindy Sherman, Untitled, de la série « Untitled Film Stills », 1979 © Cindy Sherman
Nan Goldin, Cookie and Sharon on the Bed, Provincetown, MA, 1989 © Nan Goldin

Comme le révèle adroitement cette exposition, la notion de « regard féminin » reste assez mal définie : certains s’en réclament et d’autres non, tandis que les tentatives de définition tournent court, bien souvent. On dispose aujourd’hui d’à peine deux siècles d’images sur lesquelles bâtir une réflexion, et on commence tout juste à envisager de nouvelles perspectives. Si on considère le travail des femmes, qu’on en cerne l’identité et qu’on l’encourage, on commencera peut-être à considérer la place que ce regard féminin pourrait occuper. Si on laisse les femmes de toutes les races, ethnies, croyances, classes, âges s’exprimer, et établir des ponts entre elles.

 

Par Miss Rosen

Miss Rosen est une journaliste basée à New York. Elle écrit sur l'art, la photographie et la culture. Son travail a été publié dans des livres, des magazines, notamment Time, Vogue, Aperture, et Vice.

 

Underexposed: Women Photographers from the Collection, jusqu’au 1er août 2021, High Museum of Art in Atlanta, 1280 Peachtree St NE, Atlanta, GA 30309, USA. Pour plus d’informations, cliquez ici.

 

Jill Frank, everyone who woke up at the yellow house, 2016 © Jill Frank
Sheila Pree Bright, Untitled 13, de la série « Suburbia », 2006 © Sheila Pree Bright
Mickalene Thomas, Les Trois Femmes Deux, 2018 © Mickalene Thomas

 

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