Le Jeu de Paume, à Paris, rend hommage à l’un des photographes allemands les plus influents du XXe siècle à travers une grande rétrospective. Une première en France.

Sans titre, Waffenruhe [Cessez-le-feu], 1985-87 © Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive

Quand on parle de photographie allemande, on pense le plus souvent à l’école de Düsseldorf et à ses figures phares : Bernd et Hilla Becher. Pour sa réouverture, après des mois de travaux et de pandémie, le Jeu de Paume nous rappelle qu’il existe « Une autre photographie allemande » en mettant à l’honneur Michael Schmidt, un « photographe trop peu connu » comme le présente sobrement Quentin Bajac, directeur de l’institution parisienne. En cinq décennies de carrière, Michael Schmidt est devenu un des maîtres du médium Outre-Rhin et le premier Allemand depuis des décennies à faire l’objet, en 1996, d’une exposition personnelle au MoMA. Cette première rétrospective parisienne retrace le parcours de cet autodidacte disparu en 2014.

Sans titre, Berlin-Kreuzberg, Stadtbilder [Berlin-Kreuzberg, Vues urbaines], 1981-82
© Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive
Sans titre, Waffenruhe [Cessez-le-feu], 1985-87
© Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive

Au fil des salles et des séries, on ne peut qu’admirer la façon dont Michael Schmidt a su réinventer son regard. « A chaque fois qu’il a terminé une série, il a traversé des moments de crise où il a cherché de nouvelles façons de s’approcher de la réalité », se souvient Thomas Weski, commissaire de l’exposition. « Il disait de lui-même qu’il était un “photographe cul-de-sac” qui s’engageait sur une voie et avait besoin de beaucoup de temps pour en ressortir. »

 La rétrospective s’ouvre sur ses premiers clichés pris alors qu’il était encore gendarme. Nous sommes au milieu des années 1960, à Berlin-Ouest, sa ville natale et celle qui restera au cœur de son travail jusqu’à la réunification. Dans un style documentaire, Michael Schmidt enregistre la ville, encore marquée par la guerre, mais aussi la vie de ses concitoyens. Comme ces deux pièces qui retracent en 28 photos la journée de deux femmes actives, l’une médecin, l’autre ouvrière.

Sans titre, Berlin Kreuzberg, [Berlin Kreuzberg], 1969-1973
© Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive
Sans titre, Waffenruhe [Cessez-le-feu], 1985-87
© Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive
Sans titre, Architektur [Architecture], 1989–1991
© Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive

« A la fin des années 1970, avec la série “Berlin-Wedding”, Michael Schmidt s’est imposé un corset de règles très rigide pour atteindre une forme de neutralité, si tant est que ce soit possible », analyse Thomas Weski. « Plus tard, il a dit avoir eu l’impression de s’être emmuré avec ces règles et, au début des années 1980, il s’est évertué à les assouplir. Il a recommencé à photographier de façon spontanée, appareil en main et non plus sur pied. Cela mène à “Waffenruhe [Cessez-le-feu]” où il s’est affranchi de ces règles. Il s’agit alors moins de livrer une description précise que de transcrire un sentiment. »

La série dessine un univers morcelé où les photos sont autant d’éclats du réel. Cette impression de fragmentation se retrouve dans certains travaux postérieurs comme Ein-heit [Uni-té], réalisé après la chute du Mur. Ces séries présentent un mélange de portraits, de natures mortes et de paysages. « L’humain est au centre de l’environnement. Il est façonné par lui et il le façonne », expliquait Michael Schmidt. « Par conséquent, je ne veux pas le montrer isolé, mais dans son environnement, je veux montrer la façon dont il vit, là où il travaille, ce qu’il fait de son temps libre. » 

Schüler der 4. Klasse, Grundschule, Berlin-Wedding [Élève de CM1, école primaire, Berlin-Wedding], 1976-78 © Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive

Sa dernière série, « Lebensmittel [Denrées alimentaires] », explore un autre aspect de l’humain : son alimentation. La soixantaine passée, Michael Schmidt réinvente à nouveau sa pratique en utilisant pour la première fois la couleur. Cette série lui vaut de remporter, en 2014, trois jours avant sa mort, le Prix Pictet. Il s’agit de l’unique distinction reçue de son vivant.

Par Laure Etienne

Laure Etienne est une journaliste basée à Paris, ancienne membre de la rédaction de Polka et ARTE.

 

« Michael Schmidt. Une autre photographie allemande » au Jeu de Paume, Paris Ier, jusqu’au 29 août 2021. L’exposition sera ensuite présentée au musée Reina Sofia à Madrid du 21 septembre 2021 au 28 février 2022 puis au palais Albertina à Vienne du 24 mars 2022 au 12 juin 2022.

Müller-Ecke Seestrasse, Berlin-Wedding, [Berlin-Wedding], 1976-78 © Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive
Sans titre, Lebensmittel [Denrées alimentaires], 2006-2010 © Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive
Sans titre, Portraits [Portraits], 1987-1994 © Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive
Sans titre, Berlin-Kreuzberg. Stadtbilder [Berlin-Kreuzberg. Vues urbaines], 1981-82 © Michael Schmidt, Foundation for Photography and Media Art with the Michael Schmidt Archive

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