L’Institut de la photographie, à Lille, a réuni les plus grands noms de la photographie de presse pour examiner comment le Général à atteint le statut d’icône. Une exposition à découvrir rapidement.

Une haute silhouette un brin dégingandée, un visage long avec une petite moustache et, en option, le képi. L’image de Charles de Gaulle est ancrée dans la culture visuelle française, faisant du militaire une véritable icône, indissociable de son mythe politique. Preuve en est, sur l’affiche de l’exposition lilloise, une photo prise par Gilles Caron lors d’un voyage en Turquie en 1968, le Général nous tourne le dos et pourtant, impossible de douter qu’il s’agisse bien de lui.

A travers une trentaine de clichés des plus grands photographes de l’époque tels que Robert Capa, Robert Doisneau, Elliott Erwitt ou encore Marc Riboud, mais aussi des documents et des vidéos de l’INA, l’Institut de la photographie analyse la façon dont le personnage mais aussi la représentation du pouvoir se sont peu à peu construits à travers les images de presse. « Si Gabrielle de la Selle, la commissaire de l’exposition, a fait le choix de visuels parus dans la presse c’est pour leur qualité en tant que photographies, mais aussi pour leur histoire, explique Giulia Franchino de l’Institut de la photographie. Parmi les photos présentées, il y en a une qui est beaucoup utilisée dans les manuels scolaires pour illustrer l’appel du 18 juin 1940 alors que, si elle montre bien Charles de Gaulle à la BBC, elle date en réalité de 1941. Il s’agit donc de faire le lien entre les images telles qu’on a pu les voir et leurs vraies conditions de réalisation. »

Une première salle montre les prémices de cette construction de l’image du Général avec, notamment, une photo prise par Cecil Beaton qui présente Charles de Gaulle à Londres. En pleine guerre, déjà, il arbore la posture solennelle et digne du pouvoir. Il n’est pourtant pas encore le héros auréolé de gloire qui a sauvé la France. 

On s’intéresse ensuite à la figure de Charles de Gaulle comme président, le premier de la Ve République. Le Général entretient des rapports méfiants avec les photographes et cherche le plus souvent à les garder à distance. Ainsi certaines images montrent Jean Dieuzaide en pleine escalade, le photographe apparaît déterminé à obtenir les clichés qu’il souhaite de Charles de Gaulle. Dans la partie de l’exposition consacrée à son éloignement du pouvoir et sa mort, en 1970, on y voit également la façon dont les photographes ont procédé pour couvrir ses funérailles, mais aussi la façon dont certaines images ont été recadrées pour les besoins des magazines. Nous voilà dans les coulisses de la photo de presse, là où l’on perçoit les ficelles qui ont contribué à édifier la légende de Charles de Gaulle.

La dernière salle rassemble des archives télévisuelles de l’INA. Car même si la photographie est le cœur de cette exposition, l’image que nous avons du Général a aussi largement été modelée par la télévision qui s’installe dans les foyers à l’époque. On clôt ainsi la boucle de la construction d’une icône. Charles de Gaulle, nous vous avons (mieux) compris.

Par Laure Etienne

Laure Etienne est une journaliste basée à Paris, ancienne membre de la rédaction de Polka et ARTE.

 

« Charles de Gaulle sous l’œil des photographes », exposition à l’Institut de la photographie à Lille, jusqu’au 4 juillet 2021. Plus d'informations ici.

Charles de Gaulle, voyage du Général de Gaulle en Turquie,
Palais présidentiel, Ankara, 25 octobre 1968 © Gilles Caron

 

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