Été 1959, le photographe Paolo Di Paolo et l’écrivain Pier Paolo Pasolini réalisent un reportage sur les vacances d’été en Italie pour la revue Successo.

Rete letto, Sorrento, 1959 © Archivio Fotografico Paolo Di Paolo

Été 1959. Arturo Tofanelli, directeur du mensuel italien Successo, commande au photographe Paolo Di Paolo et à l’écrivain Pier Paolo Pasolini un reportage sur les vacances d’été en Italie. Pier Paolo Pasolini a trente-sept ans, il n’est pas encore réalisateur mais c’est un auteur prometteur. Il vient tout juste de sortir son roman Une vie violente qui sera par la suite attaqué en justice pour obscénité par l'Azione Cattolica, une association catholique romaine répandue en Italie. Paolo Di Paolo, lui, est photoreporter et portraitiste. Il travaille depuis quelques années pour l’hebdomadaire Il Mondo. Son travail est remarqué. Influencé par le cinéma italien de l’époque, ses images dénotent à côté de celles des autres paparazzi.

Les deux hommes acceptent la proposition. Ils décident de débuter leur voyage à Vintimille, à la frontière franco-italienne, et de redescendre le pays en longeant la côte. Ce qui s’annonce comme un voyage rêvé s’avère être un peu plus compliqué que prévu. Les deux hommes ont des visions différentes. Tandis que Pasolini était à la recherche de fantômes, d’une Italie qui n’existait plus, Paolo cherchait au contraire, à photographier un peuple qui va de l’avant. Malgré leurs différentes approches, ils poursuivront jusqu’au bout cette aventure avec respect et confiance. Par la suite, Paolo prendra d’ailleurs de magnifiques portraits et photographies de Pasolini, on pense notamment à celle où Pasolini habillé d’un trench beige vient se recueillir sur la tombe d’Antonio Gramsci.

Forte dei Marmi, 1959 © Archivio Fotografico Paolo Di Paolo
Walter Chiari a Fregene, 1959 © Archivio Fotografico Paolo Di Paolo

De la mer Tyrrhénienne aux mers Adriatiques, de Vintimille à Ostie, de la Calabre à la Sicile, des Pouilles à Trieste, on redécouvre à travers les photographies en noir et blanc de Paolo la Dolce-Vita à l’italienne : des hommes en slip de bain qui se peignent leurs cheveux après la baignade, des femmes qui se refont une beauté les pieds dans le sable, une mamma italienne habillée d’une robe sur un rocher, une femme allongée sur un banc qui bronze en maillot deux pièces, un homme en costume adossé sur un bateau de pêche accompagné de sa compagne et une enfant. Les mots de Pasolini qui accompagnent les images trouveront leur place ensuite dans un livre qu’il publiera sous le même nom que le reportage La lunga strada di sabbia, (La longue route de sable) et qui sera souvent réédité accompagné d’images d’autres photographes que celles de Paolo.

La fondation Sozzani à Milan revient sur cette aventure dans le cadre d’une exposition. À côté des pages du reportage publié en trois épisodes par Successo, on retrouve les photographies de Paolo dont certaines sont inédites, mais aussi une interview filmée où il revient sur cette histoire. Ce photographe qui n’a connu que sur le tard un début de reconnaissance, notamment grâce à une exposition rétrospective intitulée « Un monde perdu » organisée en 2019 par le MAXXI à Rome, avait arrêté de photographier au milieu de sa carrière pour se consacrer à l’histoire et la philosophie. C’est sa fille, Silvia, qui depuis quelques années revient sur ses archives qu’elle-même ne connaissait pas, deux cent cinquante mille négatifs, planches contact, tirages et diapositives que son père avait parfaitement archivés et dont une grande partie n’a jamais été montrée.

 

Par Sabyl Ghoussoub

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d'exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l'Antilope en août 2020.

 

« La lunga strada di sabbia », Paolo Di Paolo et Pier Paolo Pasolini. Commissaire d’exposition : Silvia Di Paolo. Fondation Sozzani, Milan, 5 mai - 29 août 2021

 

Maremma toscana, 1959 © Archivio Fotografico Paolo Di Paolo
Pier Paolo Pasolini sulla spiaggia del Cinquale (Versilia), 1959 © Archivio Fotografico Paolo Di Paolo
La prima volta al mare, Rimini, 1959 © Archivio Fotografico Paolo Di Paolo

 

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