Dans le projet « Borders », le photographe Jean-Michel André parcourt les territoires traversés par les migrants et réfugiés, à qui il rend un vibrant hommage.

Borders © Jean-Michel André

Été 2016, le photographe Jean-Michel André se rend dans la « Jungle de Calais » qui accueille depuis un peu plus d’un an quelques milliers de migrants. Il a en tête un projet autour de la notion de frontières. Peu de temps après son arrivée, le gouvernement français décide de démanteler ce qu’on considérait comme le plus grand bidonville de France. Pendant ces quelques mois, André a rencontré les milieux associatifs et les réfugiés, il a beaucoup échangé et peu photographié. Il n’a d’ailleurs retenu qu’une seule photographie prise lors de cette période dans son projet final, celle d’un homme pris de dos qui regarde un mur de barbelés. Cette image est l’élément déclencheur qui le mènera à réaliser pendant quatre ans « Borders », série exposée aux Rencontres d’Arles 2021, et dont une publication du même nom a vu le jour aux éditions Actes Sud.

Borders © Jean-Michel André

Après la démolition du camp de Calais, indigné par la situation de ces femmes et de ces hommes, André continue d’échanger avec eux. Il s’intéresse à leurs histoires, à leurs parcours, à « leurs vies de dingue ». Habitant à Tourcoing, il mène aussi des ateliers photo avec des réfugiés pour l’association Cada (Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile). En parallèle, il poursuit ses recherches et se nourrit notamment du travail anthropologique de Michel Agier spécialisé sur la question des frontières. La littérature l’accompagne également, comme l’œuvre de son ami écrivain Wilfried N’Sondé, mais aussi les romans Frères Migrants de Patrick Chamoiseau ou encore Eldorado de Laurent Gaudé.

Borders © Jean-Michel André
Borders © Jean-Michel André

Grâce à une bourse obtenue par le CNAP, il parvient à voyager et à développer son projet. Il se rend en Italie, en Espagne, en Tunisie, sur les traces des migrants dont il a recueilli de nombreux témoignages. En lien avec des associations locales, tels que Calfata ou Arci Porco Rosso, il rencontre de nouveaux réfugiés. Il se lie à eux et se rend dans les lieux qu’ils ont traversés. Il photographie des paysages qui « sont le miroir de ses échanges ». Tout le long, il tient aussi une correspondance avec N’Sondé. Jean-Michel André lui envoyait des images et N’Sondé, des textes qu’on retrouve dans l’exposition et le livre. L’un nourrissant l’autre, c’est l’écrivain qui parvint à convaincre André de photographier les migrants de face. André ne les photographiait avant que de dos, « par pudeur ».

Dans cette série qui n’est pas vraiment construite de manière linéaire mais plutôt comme un « recueil » qui ne comporte aucune légende pour garder sa portée universelle, André a cherché à « prendre de la hauteur » et aller « à l’encontre des images spectaculaires et du pathos » qui sont souvent liés à ce sujet tragique. Entre errance et espérance, rêve et réalité, le photographe rend hommage à ces femmes et hommes à « la détermination sans faille » qu’il considère comme des « héros » et dont il a voulu révéler dans ses images toute la dignité.

 

Par Sabyl Ghoussoub

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d'exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l'Antilope en août 2020.

 

« Borders », jusqu’au 26 septembre 2021, aux Rencontres de la photographie d'Arles. Croisière, 65 boulevard Emile Combes, 13200 Arles.

Borders de Jean-Michel André, texte de Wilfried N’Sondé, Actes Sud.

 

Borders © Jean-Michel André
Borders © Jean-Michel André

 

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