Lauréate du Prix révélation 2021 au festival MAP Toulouse avec sa série « Surfing in Iran », la photographe Giulia Frigieri a suivi durant deux ans, Shahla Yasini, pionnière du surf en Iran.

© Giulia Frigieri

En traversant les séries photographiques que Giulia Frigieri dévoile sur son site internet, on pourrait croire que la photographe est originaire du monde arabe ou d’Iran mais il n’en est rien : Frigieri est italienne mais elle est curieuse, intriguée et passionnée par cette région du monde. Cette curiosité qui l’avait d’abord menée à Beyrouth, l’a ensuite menée à Téhéran. Elle prend alors contact via Instagram avec Shahla Yasini, pionnière du surf en Iran, et l’a rejointe à Ramin, un petit village situé à quelques kilomètres de la ville de Tchabahar, dans la région connue aussi sous le nom de Baluchestan.

Fraîchement arrivée de Téhéran, Frigieri est tout de suite happée par les paysages qu’elle voit, les terres désertiques du sud de l’Iran. « Nous nous sommes retrouvées dans un taxi », écrit-elle. « Nous étions timides et hésitantes. Shahla m’a offert une cigarette. Je lui ai répondu qu'on m'avait dit qu’il n’était pas de bon ton pour une Iranienne de fumer dans les espaces publics. Elle a ri de mon commentaire maladroit, et notre timidité a disparu. » Yasini, qui est aussi plongeuse et sauveteuse, lui parle de son amour pour la mer.

Shahla Shams, 2017 © Giulia Frigieri
© Giulia Frigieri

Auprès de Yasini, Frigieri découvre sur la plage de Ramin, au large d’un port, un spot de surf méconnu. Elle commence à la photographier elle. Tandis que Yasini surfe avec l’une de ses amies, Mona Seraji - elle aussi surfeuse -, des hommes fument la chicha sur la plage. D’autres personnes prient à différents moments de la journée. Il y a aussi des femmes locales, mais contrairement à Frigieri et Seraji, elles ne nagent pas, « elles sont enveloppées dans leur tchador noir, tenant les mains de leurs enfants en attendant que les hommes aient fini de nager dans la mer ».

Frigieri se plaît dans ce coin et décide d’y rester quelques semaines de plus. Résolument contemporaine, « Surfing in Iran » va au-delà du simple reportage, les prises de vue de la photographe tissent un lien entre les deux femmes et une amitié se crée. Frigieri reviendra plusieurs fois au fil des années pour voir son amie et poursuivre son projet photo. Le format carré prédomine dans les images que la photographe montre. À côté des portraits de Yasini en action ou prise dans des moments d’intimité, on découvre les autres surfeurs du coin et l’univers dans lequel évolue la surfeuse. En Iran, le surf se pratique avec les moyens du bord. L’activité reste une niche.

© Giulia Frigieri

Lauréate du Prix révélation 2021 au festival MAP Toulouse grâce à cette série, Frigieri a remarqué un changement depuis le premier jour où elle avait fréquenté cette plage. Elle trouve de plus en plus de jeunes qui prennent la planche, surtout des jeunes Téhéranais et Téhéranaises qui viennent s’essayer au surf. Yasini, que Giulia Frigieri compare à « une sirène », reste toujours aussi passionnée et poursuit son combat pour que les femmes et les hommes puissent s’adonner dans de meilleures conditions à ce sport en Iran.

 

Par Sabyl Ghoussoub

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d'exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l'Antilope en août 2020.

 

Plus d'informations sur Giulia Frigieri sur son site internet.

© Giulia Frigieri

 

Lire aussi : Laurent Masurel, des vagues ou rien

 

Article précédent Article suivant