Parution de Moods in a Room de Catherine Balet, un ouvrage qui réunit vingt ans d’un travail photographique qui dévoile un monde moderne en huis clos, où les hommes évoluent entre solitude et écrans.

© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)

Artiste peintre diplômée de l'École nationale des Beaux Arts de Paris, Catherine Balet se tourne dans les années 2000 vers la photographie. Une photographie marquée par une dimension sociologique et une réflexion toute particulière sur la place des nouvelles technologies dans nos existences, notamment à travers sa série « Strangers in the Light ». Inspirée par les tableaux de Edward Hopper, David Hockney, Ingres, pour ne citer qu’eux, l’artiste les réinterprète à la lumière de notre société moderne en créant des clairs-obscurs en utilisant l’éclairage des portables et ordinateurs. « Je ne me définis pas vraiment comme une photographe mais plutôt comme une artiste qui utilise la photographie », explique t-elle. « Pour moi c’est un outil et un médium idéal pour m’exprimer. » 

Avec la série « Moods in a Room » - qu’elle a exposée à la Galerie Bigaignon (dans le 3ème à Paris, en février 2019) - Catherine Balet renoue avec la pratique picturale à travers des collages réalisés à partir de photographies personnelles et parfois d’images récoltées sur internet. Le résultat est saisissant : une mosaïque surréaliste.« Je photographie des personnes dans la rue, dans les foires, dans tous les lieux ou je peux capter une figure qui m’intrigue par sa posture mais qui sera transformée par un processus de superposition. Des figures souvent happées par la technologie qui a initié de nouvelles poses contemporaines »

© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)
© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)

Au fil des pages, que ce soit dans des espaces publics - halls d'hôtels, de bureaux, d’aéroport, restaurant ou piscine - ou dans la sphère intime, l’artiste campe des hommes, des femmes et des enfants, dans des scènes quotidiennes de la vie moderne qui se joue à huis clos. Telle une metteuse en scène, Catherine Balet distribue les rôles de ces figurants qui, ensemble, sans s’être concertés, participent à la création d’une fresque et à l’écriture d’une histoire qui se déroule sous nos yeux. « Pour chaque image je suis partie d’une de mes peintures qui apporte la matière et j’ai laissé mon imagination construire les scènes au fur et à mesure en jouant tant sur l’architecture du décor que sur le jeu des personnages », dit Catherine Balet.

Bien qu’ils évoluent dans des scènes paisibles au premier abord, les personnages, tantôt affairés ou songeurs, qui font face mais avec le regard vide, tantôt hypnotisés par les écrans de portables et d’ordinateurs, semblent isolés, face à eux-mêmes, dans leur monde. Sur l’une de ces images-tableaux, un enfant armé déboule dans un hall d’immeuble en brandissant un revolver. Personne ne remarque le danger. Chacun des protagonistes pianote sur son portable, lit un livre ou tourne le dos à l’assemblée.

© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)
© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)

Dans ce monde clos et digitalisé, Catherine Balet fait surgir la lune. Des percées de lumière à travers les fenêtres. On discerne ça et là des rappels de la nature oubliée : la présence fréquente du chien aux côtés de ses maîtres, ou du cheval blanc qui, du fond de son champ, regarde interloqué la vie domestique qui suit son cours à l’intérieur de la maison. L’artiste semble s’amuser de nos petites vies d’humains en boîtes, un peu trop « déconnectés » de nos origines.

L'œuvre de Catherine Balet est aussi imprégnée de mystère. Baignant dans une atmosphère aux tonalités bleues et vertes, quasi aquatique, et enchevêtrés dans une mosaïque cubiste, les personnages semblent nager dans du formol, et revêtent une dimension d’éternité. 

© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)
© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)

Ces différentes strates d’images qui viennent troubler la lecture de la scène qui s’écrit sous nos yeux, ne sont-elles pas les vibrations de la pensée des personnages ? A l’image de ces visages superposés sur une même figure : Catherine Balet gratte le vernis du masque social pour révéler la vraie nature de l’être humain, habité par ses émotions et pensées. En observant ce labyrinthe psychologique dessiné par l’artiste, nous sommes soudain pris d’un vertige. Ces vibrations de la pensée ne sont-elles pas simplement les nôtres ?

 

Par Marie d’Harcourt

Marie d'Harcourt est journaliste chez Blind Magazine, à Paris.


Moods in a Room de Catherine Balet, Dewi Lewis Publishing, 120 pages, 71 images, 35 £ / 49 €.

Catherine Balet est représentée par la Galerie Bigaignon.

Une sélection de la série « Moods in a Room » est présentée à Photo London jusqu'au 12 septembre 2021.

 

 

© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)
© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)
© Catherine Balet, de la série « Moods In A Room », www.dewilewis.com (ou Dewi Lewis Publishing)

 

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