L’exposition « Villes Hybrides » interroge la notion d’africanité en présentant les images de cinq photographes du continent africain qui explorent leurs villes.

Andrew Esebio, série Mutations, 2015 – en cours. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et Tiwani Contemporary.

On contourne les arbres, on marche sur les feuilles, on aperçoit à travers une branche et une autre une photographie ou une section qu’on a raté, on se perd dans le jardin des voyageurs, anciennement espace vert d'agrément de la gare d’Arles, en parcourant l’exposition « État d’esprit africain – Ville Hybrides » porté par l’auteur, critique et commissaire d’exposition Ekow Eshun qui a été l’ancien directeur de l’Institut des arts contemporains de Londres. Ironie quand au milieu de la verdure et des photographies, un train passe à toute vitesse à côté et nous surprend. La ville, la modernité vient alors s’immiscer dans la nature et c’est de cela qu’il s’agit dans l’exposition : de l’hyperurbanisation ou de comment l’homme s’adapte à un environnement en perpétuel changement.

Présentée lors des rencontres d’Arles 2021, cette exposition fait partie d’un plus grand projet « Africa State of Mind » dont un livre est sorti en avril 2020 aux éditions Thames and Hudson. Eshun y a rassemblé de nombreux photographes émergents issus de tout le continent africain. À travers quatre thématiques « Villes hybrides », « Paysages intérieurs », « Zones de liberté » et « Mythe et mémoire », il explore l'Afrique comme un espace psychologique, architectural autant que géographique. Il cherche à interroger dans le regard des photographes du continent la notion d’africanité et des différentes façons d’« être africain ».

Hicham Gardaf, Khouribga, 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et Galerie 127.
Girma Berta, Moving Shadows II, VIII, 2017. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et Addis Fine Art.

« Villes hybrides » est présentée à Arles où les photographes s’intéressent aux grandes villes africaines dont certaines comme Lagos, Le Caire et Kinshasa peuvent être classées parmi les « mégavilles » dont l’agglomération dépasse les 10 millions d’habitants.  Dans un entretien donné à Love Magazine, Eshkun dit : « Je ne pense pas qu'on puisse se promener dans une ville africaine sans se souvenir des différentes couches de l'histoire qui s'y sont déroulées ; couches de l'histoire coloniale, histoires d'indépendance des années 1960 aux années 1970, période plus actuelle d'expansion urbaine et d'ambition néolibérale. Toutes ces choses sont dans les rues et à travers les gens. » Du mouvement, du changement, des superpositions, l’Afrique révélée dans cette exposition est un territoire réel mais aussi imaginaire dont les identités fusent dans tous les sens.

De la capitale éthiopienne, Addis-Adeba, bruyante et agitée où Gima Berta, qui aime capturer dans sa ville natale « le beau, le laid et tout ce qui se trouve entre les deux », zoome sur chacun des habitants et les sort de leur contexte réel ; au Lagos, considérée comme l’une des dix plus grandes villes du monde, où Andrew Esiebo capture la cacophonie et trouve dans ses images une harmonie inattendue, « Je suis frappé par la force d’âme et l’inventivité des habitants de Lagos, leurs façons infiniment créatives de survivre », dit-il, jusqu’au littoral de l’Afrique de l’Est – Mozambique, Tanzanie, Kenya et Somalie - où dans ce territoire ravagé par les guerres civiles et les dictatures corrompues, les hommes et les femmes tentent tant bien que mal de se réapproprier l’océan dont Guillaume Bonn perçoit au-delà des paysages désolés, des instants de beauté, les photographes rendent ici un vibrant hommage aux habitants dans des images qui les élèvent.

Guillaume Bonn, Immeuble d'appartements avec vue sur le centre-ville de Maputo.
Emmanuelle Andrianjafy, série Rien n’est vain, 2015.

« Quand je regarde certaines de ces photos, ce que je vois est un monde en mouvement - quelque chose qui change et se réinterprète », déclare le commissaire sur « ces villes et ces lieux qui vont continuer à se déplacer et à changer assez rapidement ». On devine dans ses propos que l’africanité, portée par le comportement des gens qui y vivent, est une identité mouvante, changeante, toujours ouverte à être réinterprétée comme ces villes photographiées, qui traversées de modernité et de tradition, s’adaptent à leur époque.

Par Sabyl Ghoussoub

 

« Etat d’esprit africain – Ville Hybrides », Emmanuelle Andrianjafy, Girma Berta, Guillaume Bonn, Andrew Esebio, Hicham Gardaf. Commissaire d’exposition : Ekow Eshun. Le jardin des voyageurs (dans le cadre des rencontres d’Arles 2021), jusqu'au 29 septembre 2021.

 

Lire aussi: 10 expositions à voir aux Rencontres d’Arles 2021

Article précédent Article suivant