À l’occasion de la sortie d’Écrits sur l’image, premier livre de recueil des textes sur la photographie d’Alain Bergala (ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma et spécialiste de l’image fixe), publié dans la collection TXT dirigée par Agnès Sire (directrice de la Fondation Cartier-Bresson) aux éditions Xavier Barral, Blind revient sur cinq livres de la collection historique fondée en 1981. Le principe de chacun de ces livres : associer textes et images. Furent ainsi publiés les photographes Raymond Depardon, Claude Nori, Patrick Zachmann, Fouad Elkoury, Xavier Lambours ou encore le premier livre de Sophie Calle.

 

Raymond Depardon. Correspondance new-yorkaise. Alain Bergala - Les absences du photographe.

Été 1981. Libération commande à Raymond Depardon une image de New York légendée chaque jour, du 2 juillet au 7 août. Dans l'enthousiasme général, la revue Les Cahiers du cinéma, dirigée par Serge Toubiana, décide de porter jusqu'au bout le projet d'Alain Bergala d'écrire en regard des photos légendées de Raymond Depardon un texte d'accompagnement qui éclaire leur enjeu. Avec l'adhésion de Serge July, rédacteur en chef de Libération, un livre se construit et paraît en coédition fin 1981. Raymond Depardon - Correspondance new-yorkaise. Alain Bergala - Les absences du photographe sera le premier de la collection « Écrit sur l’image ». « Ce que “cette correspondance new-yorkaise”, photos et notes, ne cesse de nous dire », écrit alors Alain Bergala, « c’est que les reporters aussi ont des absences, ceux-là mêmes que l’on croyait par définition voués aux apparences, à l’ici et maintenant . Les reporters ressemblent plus souvent qu’on ne le croit à ces peintres qui plantent leur chevalet devant un paysage et peignent une odalisque. »

 

Sophie Calle. Suite vénitienne. Jean Baudrillard. Please follow me. 

Alors que Sophie Calle n’est pas encore Sophie Calle et qu’elle ne trouve pas d’éditeur, Alain Bergala lui propose de publier son premier livre Suite vénitienne où la photographe suit un homme qu'elle perd dans la foule puis retrouve, alors qu'il est en partance pour Venise. En résulte une véritable filature mêlant photographies et écrits, selon un principe qui deviendra récurrent chez l’artiste. Dans une interview qu’elle accorde à Alain Bergala et Jean-Pierre Limosin pour les Cahiers du cinéma, elle dit : « Je ne me considère pas comme une photographe. Dans la rue, je suis plutôt à la recherche d’idées, je ne suis pas toujours prête à photographier. Les photos servent de preuve et le texte de rapport. C’est une sorte de précipitation. »

 

Gilles Mora. Claude Nori. L’été dernier. Manifeste photobiographique.

Fondateur des éditions Contrejour, Claude Nori est ​​un éditeur historique de photographie. Un livre passionnant intitulé Contrejour, une aventure éditoriale revient d’ailleurs sur cette histoire. Mais c’est en tant que photographe qu’il publie un ouvrage dans la collection « Écrit sur l’image » au côté de Gilles Mora. Au cours de l’été 1982, Gilles Mora part dans le sud des États-Unis et Claude Nori dans sa chère et tendre Italie, à Naples et à Rimini, les deux partant à la rencontre exaltante de leurs « épiphanies photographiques ». En guise d’introduction à ce livre est publié Le manifeste autobiographique, texte qui fait date et qui proclame « qu’il n’est pas de photographie véritablement belle ou touchante qui ne porte la trace d’un investissement et d’une nécessité autobiographiques dans l’acte photographique même ».

 

Xavier Lambours. Ciné-monde. Michel Cresole. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous ? 

L’ouvrage Xavier Lambours. Ciné-monde. Michel Cresole. Qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous ? présente une succession de portraits pris en l’espace d’une année par Xavier Lambours à l’occasion de grands rituels où « le ciné-monde se donne en représentation » au Festival de Deauville (septembre 1982), à Cannes (mai 1983) et Venise (septembre 1983). Xavier Lambours organise des rendez-vous avec les acteurs et les metteurs en scène où il plie chacun d’eux à une mise en scène qu’il a imaginée précieusement pour chacune d’elles. Il photographie Federico Fellini, Jean-Luc Godard, Robert De Niro, Jeanne Moreau, Ingmar Bergman et bien d’autres encore. Michel Cressole, journaliste-reporter à Libération, vivra un mois avec les portraits de ses « monstres sacrés », de ses vedettes accrochés aux murs de sa chambre et écrira un texte intitulé : « Mais qu’est-ce qu’ils ont de plus que nous ? »

 

Fouad Elkoury. Beyrouth aller-retour.

Premier ouvrage du photographe-auteur libanais Fouad Elkoury, publié en 1984, Beyrouth aller-retour est un récit en textes et images des premières années de la guerre civile libanaise qui durera 15 ans. Chapitré en trois parties : avant, pendant et après l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982, le livre documente le quotidien d’une ville, Beyrouth, et d’un peuple aux prises avec la guerre. Fouad Elkoury écrit : « Je me promenais dans les rues de bonne heure le matin généralement sans avoir une idée précise de ce que je voulais photographier. Beyrouth est imprévisible. Ce qui importait, c’était l’idée que, simplement, j’étais là (…) Mis à part les photographies d’actualité que je faisais pour l’Agence, je prenais mes images sans réfléchir, quand il me semblait qu’elles pouvaient témoigner de situations ou de scènes qui m’avaient touché. »

 

Par Sabyl Ghoussoub

Né à Paris en 1988 dans une famille libanaise, Sabyl Ghoussoub est un écrivain, chroniqueur et commissaire d'exposition. Son deuxième roman Beyrouth entre parenthèses est sorti aux éditions de l'Antilope en août 2020.

 

Alain Bergala, Écrits sur l’image. Atelier EXB / Éditions Xavier Barral, 304 pages, 24€.

 

Bernard Plossu, Villa Giulia, Rome,1980. Extrait de Écrits sur l’image d’Alain Bergala (Atelier EXB, 2021) © Bernard Plossu

 

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