Dans cet essai plein de poésie et de souvenirs, le photographe américain Duane Michals dévoile une partie de ses secrets de famille.

Un jour, on frappa à la porte d'entrée, ce qui était inhabituel car la maison était située de guingois sur un chemin de terre, et les habitués savaient qu'il fallait se présenter à la porte de la cuisine. Qui cela pouvait-il être ? Mère ouvrit prudemment la porte et se retrouva face à un jeune homme d'âge moyen qui lui dit rechercher Jack. « Oui, il habite ici, mais il n'est pas à la maison », lui répondit-elle.

© Duane Michals

L'étranger sembla déçu car il avait fouillé tous les coins et recoins de Mckeesport pour trouver High Street.

Il dit qu'il avait travaillé à l'usine Duquesne avec Jack, et qu'il était de retour pour une visite, il voulait lui dire bonjour. Avec une pointe de découragement dans la voix, il a continué : « Dites à Jack que Jim est revenu pour un court moment de Cincinnati et remerciez-le pour tout ce qu'il a fait pour moi. Je ne l'oublierai jamais. »

Il semble que Jack ait été un substitut de père pour Jim. J'étais jaloux.

L’équipe du 7-3

© Duane Michals

Mon père était là, mais à vrai dire il n'a jamais vraiment été là. Il serait peut-être plus exact de dire que nous partagions l'espace comme deux voitures garées l'une à côté de l'autre dans un parking. Il y avait une proximité sans plus.

Après avoir chacun tracé nos routes dans la vie, mon frère et moi avons réussi à venir à la maison pour Thanksgiving, un heureux hasard. Tim et moi sommes allés à l'usine pour faire la surprise à notre père et le récupérer après son tour des 3-8, de 7 à 15 heures.

Nous attendions le gongue libérateur, assis dans la voiture, échangeant des blagues salaces et étourdis à la pensée de notre avenir à ShanGri La. Soudain, une phalange d'ouvriers s'enfuit de l'usine tenant à la main leurs gamelles vides. Il était là, un vieil homme, vaguement courbé, fatigué, effectuant son rituel quotidien, commencé avant ma naissance.

Tim et Duane étaient devenus les play-boys du monde occidental, et Jack ressemblait au passé. Et maintenant ?

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Homestead

Quand l'ombre qu’était devenu mon père a viré au gris, il a dit à ma mère qu'il y avait une dame à Homestead qui offrait à un gars un voyage autour du monde. Il a demandé à ma mère s'il pouvait aller à Homestead. Ma mère s'est tournée vers lui et a dit : « Vas-y, va à Homestead, fais le tour du monde. Amuse-toi bien. »

Si vous écoutez très attentivement, vous l'avez peut-être entendu dire merci.

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L'exception

Jack Ambrose Mihal ne tenait pas l'alcool. Une Iron City Pilsner et il était ivre. C'était un ivrogne affectueux, mais néanmoins bourré. Une fois, j'ai écrit à ce sujet, et sa sœur Eleanor m'a envoyé une lettre désagréable dans laquelle elle prenait sa défense : « Je n'ai jamais vu mon frère ivre, JAMAIS ! » Chaque Noël, maman achetait une bouteille de Whisky Four Roses, au cas où les trois rois mages viendraient sans être invités.

En ce qui concerne la bière, l’ordinaire c’était un « chaudronnier » : un shot de whisky, « chassé » par une Pilsner Iron City. Chaque veille de Noël, Jack vidait la bouteille jusqu'à une rose, allait à la messe de minuit, puis se couchait, jusqu'à trois heures de l'après-midi.

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À six heures, il était redevenu sobre et se rendait au dîner de Noël de sa mère où était servi du canard. Quand nous arrivions au 615 South Street, dans leur maison modeste mais bien tenue, pour notre traditionnel dîner, Eleanor demandait : « Jack, veux-tu un verre ? » - « Je ne bois jamais, mais comme c'est Noël, je vais faire une exception. »

Eleanor n'avait jamais vu son frère ivre.

Jamais ! Dîner à huit heures

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Mon frère Tim est rentré à la maison pour annoncer à la famille qu'il allait se marier avec Anne. C'était quelque chose !

Alors que nous commencions à manger, Jack s'est mis à tousser, presque une crise. Quelque chose n'allait vraiment pas. Inquiète, j'ai demandé à ma mère : « Qu'est-ce qu’il a ? »

Elle a levé les yeux de sa soupe et a répondu calmement : « C'est juste sa toux de fumeur. Il ne va pas mourir maintenant, j'ai encore des factures à lui faire payer. »

Puis, elle termina sa soupe.

 

© Duane Michals
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