Depuis 1970, le Festival est devenu une référence dans le monde de la photographie. Rassemblant pas moins de 140.000 visiteurs l’an dernier, les Rencontres de la photographie d’Arles sont indéniablement un événement culturel international incontournable. Échantillon sélectionné par nos soins de travaux qui seront exposés pour cette édition anniversaire.

Contre l’oppression : les « corps impatients » de la photographie est-allemande

Un autre anniversaire a lieu cette année : celui de la chute du Mur de Berlin il y a 30 ans. Que savons-nous de la photographie est-allemande des années 1980 ? Une exposition revient sur les photographes de la zone à travers la thématique du corps. Corps contenus dans un carcan totalitaire, corps capables de résistance à l’oppression, corps qui se libèrent... C’est l’empreinte de l’être humain dans les rouages d’un système autoritaire et répressif qu’interrogent ces photographes qui se nomment Sibylle Bergemann, York der Knoefel ou encore Barbara Metselaar Berhold. Un voyage dans l’Allemagne de l’est entre 1980 et 1989 où les sujets ripostaient de différentes façons à l’asservissement imposé.

Gundula Schulze Eldowy, Berlin, 1987, from the Berlin on a dog's night series. Courtesy of the artist.

Sous les météorites : Phénomènes de Marina Gadonneix

Depuis 2014 la photographe a posé son appareil dans le Centre national d’études spatiales (CNES), là où se déroulent des reconstitutions de phénomènes naturels comme des orages, des ouragans, des avalanches, des tremblements de terre, des éruptions volcaniques, mais aussi des étoiles filantes, des impacts de météorites, des collisions de trous noirs... Dans ce laboratoire, elle a capté ce qui échappe généralement à l’œil humain et en donne des tableaux étonnants : sorte de mini-théâtre des déluges du ciel. Surtout, elle offre une réflexion sur le réel observé et la fiction reconstruite, dans un dialogue photographique où sont convoquées les lisières du visible.

Marina Gadonneix, Untitled (Lightning). Courtesy of Christophe Gaillard gallery.

Dans le petit théâtre des enfants : retour sur Helen Levitt

Une rétrospective consacrée à la photographe américaine Helen Levitt (1913-2009), pionnière de la photographie de rue. Dans les années 1930, elle se promène dans les quartiers défavorisés de New York, tels Spanish Harlem et Lower East Side. Elle attrape la vie des rues, l’humeur du bitume. Souvent, elle dresse le portrait des enfants qui trainent là, jouent, font leur petit spectacle. Avec pas moins de 130 clichés, dont une grande partie est exposée pour la première fois à Arles, cette rétrospective est un bel hommage rendu à la photographe qui savait si bien documenter la jeunesse vivante dans les rues new-yorkaises, une jeunesse qui inventait tout un monde en jouant au policier et au voleur, aux cow-boys et aux Indiens...

© Estate of Helen Levitt

Autour de Paris, la Zone

Depuis le milieu du XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle, on appelait la périphérie de Paris, la « Zone ». Il s’agissait d’une bande de terre qui courait le long des 34 kilomètres de fortifications édifiées autour de Paris en 1844 et qui rassemblait les populations les plus pauvres de la région. Des photographes comme Eugène Atget et Germaine Krull ont relaté cette réalité : bidonvilles aux portes de la ville lumière, tas de ferraille dans lequel des enfants cherchent des babioles à revendre, habitats de marginaux dans les détritus de Paris... Réalisées avec de nombreuses photographies d’anonymes que la Galerie Lumière des roses a rassemblées, cette exposition donne à voir une facette méconnue de Paris et sa banlieue.

Anonymous, View of the Zone near Porte de Clignancourt, the City of Saint-Ouen in the Background, France, ca. 1940. 

Une revue d’avant-garde : Variétés

Incontournable dans le programme des Rencontres de cette année, cette exposition réhabilite un magazine oublié dans lequel une myriade de grands photographes ont publié. Bérénice Abbott, Germaine Krull, Man Ray, László Moholy-Nagy... Cette revue intitulée Variétés est l’œuvre d’un critique d’art, collectionneur et galeriste belge, Paul-Gustave Van Hecke, qui a promu l’art d’avant- garde belge et international durant l’entre-deux-guerres. Le fonds photographique a failli disparaître et c’est un miracle qu’il ait survécu. L’exposition proposera environ 200 tirages vintage.

Aenne Biermann, Keyboard (Andante maestoso), 1928.

Le soleil noir des cathédrales : Laurence Aëgerter

La photographe a réalisé des clichés étonnants à partir d’un livre des années 1950, Cathédrales et églises de France, dont elle a capturé une image en plusieurs fois tandis que le soleil passait dessus, venant l’occulter jusqu’à la rendre invisible. Avec sa série Les Cathédrales hermétiques, Laurence Aëgerter poursuit ce processus à travers trois intérieurs d’églises : la cathédrale romane de Saint-Benoît-sur-Loire, celle gothique de Coutances et celle de Nice, Sainte-Jeanne-d’Arc. Un élégant jeu de lumière autour de la mémoire du patrimoine et une quête photographique qui recompose la traditionnelle chambre noire.

Laurence Aëgerter, Cathédrales hermétiques, Coutances, (gothic church, 12th century).

Un anniversaire doublement fêté : Clergue & Weston

Lors de la première édition du Festival, en juillet 1970, une exposition est consacrée au photographe Edward Weston. À l’occasion des 50 ans des Rencontres de la photographie, l’exposition telle qu’elle avait été conçue sera remontée. En plus de cette exposition, seront associées des photographies de Lucien Clergue, l’un des fondateurs du Festival d’Arles avec Michel Tournier et Jean-Maurice Rouquette. Une occasion de fêter doublement cet anniversaire des 50 ans du Festival.

Lucien Clergue, Dead Flamingo in the Sand, Pharaman Lighthouse, 1956. Courtesy of the Atelier Lucien Clergue.

 

Les Rencontres de la photographie d'Arles

Du 1er juillet au 22 septembre 2019

Arles (13200)

Article précédent Article suivant
À lire