À la Galerie Agathe Gaillard à Paris, l’œuvre du photographe est revisitée autour du thème du romantisme. Une promenade délicate devant des modèles féminins dont il savait rendre toute la grâce dans des portraits raffinés.


Lella, Bretagne, France, 1947 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard

Comme s’il perdait ses moyens, était gêné, se sentait minuscule... Comme s’il ne pouvait s’approcher de trop près et devait seulement effleurer les corps avec toute la retenue d’un homme discret et pudique...Les femmes prises en photographie par Édouard Boubat sont des apparitions surgissant dans l’aube, en pleine éclosion à côté d’arbres en fleurs, en goguette devant un fleuve qui s’échappe à l’horizon. Chez le photographe, la femme devient un mythe, élevée au rang d’une icône. Elle est la plaque sensible sur laquelle il vient imprimer ses rêveries exquises. En témoigne cette dame, les cheveux au vent sur un quai au bord de la Seine à Paris. Elle est enveloppée par sa chevelure qui lui dévore littéralement le visage, formant comme un masque étrange, cachant sa figure. Spectre aérien dans un jour charmant. « Il aimait les femmes aux cheveux longs. Il me demandait de lui présenter des dames aux longues chevelures » raconte Agathe Gaillard. Des chevelures qui peuplent ses photographies, tantôt dansantes, tantôt habillant les lieux, tantôt dissimulant un visage.


Sophie, Collioure, France, 1954 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard

Pureté

« Le rapport modèle-photographe est quelquefois presque un affrontement (...) Il faut subir l’épreuve de cette intimité forcée devant un appareil auquel on ne peut se dérober. Derrière l’appareil, le photographe doit se faire accepter » écrit Édouard Boubat dans son livre La Photographie. Avec les femmes, il semble s’être rendu invisible, capteur de leur délicatesse et de leur beauté. Il y a par exemple cette demoiselle au chapeau qui se promène dans un champ de tournesols. Celle-ci qui se tient sur une barque abimée au bord d’une rivière. Celle-là qui se cache et se tourne et dont on voit le bout d’un sein dépasser, érotisme chaste qui dit la pureté dont faisait preuve le photographe. La nudité est toujours effleurée, l’élégance toujours célébrée. Édouard Boubat dit aussi : « Chaque grain de peau est un cristal d’argent. Le corps est un chant de lumière. Il s’irise comme l’eau ». Avec les femmes, il semble être allé au bout de cette formule.


Paris, France, 1948 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard 

Cerisier en fleurs, France, 1983 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard 

Sophie, France, 1954 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard 

Lella, France, 1948 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard 

Autoportrait à 19 ans, Paris, 1942 © Edouard Boubat, Courtesy Galerie Agathe Gaillard

Par Jean-Baptiste Gauvin

 

Edouard Boubat, Romantique 

Du 29 mars au 11 mai 2019

Galerie Agathe Gaillard, 3, Rue du Pont Louis-Philippe, 75004 Paris

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