Pour cette deuxième exposition dans leur nouveau foyer, la fondation Henri Cartier-Bresson présente les oeuvres du photographe sud-africain Guy Tillim, lauréat du Prix HCB 2017. Plus qu’une déambulation dans les capitales africaines, Museum of the Revolution interroge notre histoire contemporaine.  


Praça do Metical, Beira, Mozambique, 2017 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

De Maputo à Abidjan en passant par Dakar et Nairobi, on parcourt les quelques milliers de kilomètres qui séparent ces villes le temps d’une exposition. On pourrait s’attendre à un voyage, s’imaginer parcourir des kilomètres de savanes ou de forêt tropicale, mais il n’en est rien. Si ce n’est le cartel, impossible de différencier ces grands tableaux urbains aux avenues impersonnelles et bruyantes.

Pendant quatre ans - de 2014 à 2018 - Guy Tillim a photographié cette Afrique résolument moderne et surprend notre imaginaire poussiéreux, en mal d’exotisme.


Azikiwe St, Dar es Salaam, Tanzanie, 2017 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Grandeur nature

Ils nous intriguent ces personnages presque grandeur nature qui courent partout et s'affairent à leurs occupations journalières. Ici un homme qui s’apprête à traverser la rue, là une femme pressée sur le point de sortir du cadre et qui semble nous frôler. Par ces tirages grand format, Guy Tillim nous projette au coeur de la scène : on est parmi les passants, à leur portée, on les voit, on les entend et on a ce sentiment étrange de partager un moment commun. Peut-être est-ce dû à la familiarité de ces scènes qui nous évoquent si justement notre propre vie de citadin ? Sur certaines images, on reconnait d’ailleurs de célèbres enseignes européennes et la typographie de nos panneaux de signalisation.

Plus qu’un témoignage d’une Afrique moderne, ces images nous disent combien la mondialisation a transformé et uniformisé nos villes et nos modes de vie. On reconnaît là la force des images de Tillim qui parvient à aller au-delà du cadre et du simple témoignage brut et immédiat.


Union Avenue, Harare, Zimbabwe, 2016 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Paysages africains

Longtemps photographe de guerre, Guy Tillim s’est fait la main chez Reuters et à l’Agence VU’. Son expérience lui a appris à être au coeur de l’action, à en restituer l’atmosphère et l’essence pour produire une image réaliste et captivante. Pourtant, il confesse qu’au fil des ans son attention se porte de plus en plus sur ce qu’il se passe à l’arrière-plan de l’action : “je photographiais des événements, mais c’était le paysage qui me marquait”.

De ses longues marches photographiques, il ne conserve pas seulement des extraits de vie, mais des observations sur les effets de la décolonisation dans les grandes villes africaines. Une architecture sans architecte, un urbanisme chaotique qui s’étend sans fin et sans logique. Ces avenues, renommées au fil des régimes politiques, sont devenues le témoin muet, le “musée”, d’une société passée d’un état colonial à un état postcolonial, marquée par des années de catastrophes et de guerres.

Contrairement aux apparences, nous n’observons pas une photographie de rue, mais une photographie de paysage dont les immeubles modernes et déjà décatis en disent long sur l’instabilité historique de ces régions pas si lointaines.


Avenue du Pr. L. Sedar Senghor, Dakar, Sénégal, 2017 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg 

Julius Nyerere Way, Harare, Zimbabwe, 2016 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg 

Rue du Dr Theze, Dakar, Sénégal, 2017 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg 

Marshall St, Johannesburg, Afrique du Sud, 2014 © Guy Tillim, Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Par Coline Olsina 

Guy Tillim, Museum of the Revolution

Du 26 février au 2 juin 2019

Fondation Henri Cartier-Bresson, 79 rue des Archives 75003 Paris

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