Comment la photographie peut-elle être un outil de réécriture? C’est une des questions à laquelle l’exposition Encore: Reconstitution dans la Photographie Contemporaine  au J. Paul Getty Museum à Los Angeles essaye de répondre jusqu’au 9 juin.

L’exposition comprend le travail de sept photographes :  Eileen Cowin, Christina Fernandez, Samuel Fosso, Yasumasa Morimura, Yinka Shonibare CBE, Gillian Wearing, and Qiu Zhijie. Ces artistes viennent de six pays différents, et ont en commun la réécriture de trois thèmes autour desquels l’exposition est organisée : d’histoires personnelles, d’histoires politiques et d’histoire de l’art.


Yasumasa Morimura, Daughter of Art History, Theater A, 1989, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles © Yasumasa Morimura

Ambivalence

A première vue, ces images prêtent d’abord à confusion. Elles sont à la fois familières et étrangères. Toutes les photographies demandent à être regardées de plus près, car ces images mêmes sont le résultat d’artistes qui ont décidé de regarder plus d’une fois une période de l’Histoire. Samuel Fosso, à travers des autoportraits monumentaux, célèbre les figures importantes de la diaspora africaine, et leur rend hommage en transformant des images pop en de véritables tableaux. Ainsi, ces images familières sont mises sur un piédestal et se réinscrivent dans l’Histoire.


Samuel Fosso, Untitled (Muhammad Ali), 2008, Isabel Stainow Wilcox © Samuel Fosso, courtesy Jean Marc Patras, Paris

Appropriations visuelles

Si la plupart des images sont des mises en scènes complexes, elles ont en commun d’avoir aussi une valeur symbolique importante dans le sous-texte de l’image. À travers sa réécriture visuelle d’une oeuvre de Goya, Yinka Shonibare transpose une gravure du 18e siècle en une réflexion contemporaine sur les questions de race, de classe, et de construction identitaire. Il y a aussi les photographies de Christina Fernandez, où elle se met en scène dans le rôle de sa grand-mère qui a émigré seule avec ses enfants du Mexique à la Californie du Sud au début du 20e siècle. À travers cette reconstitution créée à partir de nombreux récits, Fernandez tente de cette manière de briser les stéréotypes. À travers toutes ces images, il y a l’évidence de la réécriture visuelle comme forme d’appropriation de l’Histoire par ceux que l’Histoire a enrayés.


 Christina Fernandez, 1919, Portland, Colorado, 1995–96, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles © Christina Fernandez

Une histoire contemporaine

L'exposition met en lumière le pouvoir des images dans l'imaginaire collectif et, par conséquent, l'importance de l'appropriation de l'héritage comme outils de réflexion identitaire.Ces réécritures visuelles naviguent entre thèmes universels et émotions personnelles, entre privé et public. Le travail des sept photographes n’offre pas seulement un regard sur le passé, mais avant tout une vision du futur.

 
Eileen Cowin, Marriage of the Arnolfini, 1985, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Gift of The Artist © Eileen Cowin

Yinka Shonibare CBE, The Sleep of Reason Produces Monsters (Asia), 2008, Courtesy of Santa Barbara Museum of Art, Museum Purchase, the Austin Fund in Honor of Wright S. Ludington © Yinka Shonibare CBE. Courtesy James Cohan, New York  

Gillian Wearing, Self Portrait as my Sister Jane Wearing, 2003, Heather Podesta Collection © Gillian Wearing, Courtesy Maureen Paley, London; Regen Projects, Los Angeles; and Tanya Bonakdar, New York

Qiu Zhijie, Fine, 1996–97, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Anonymous Gift © Qiu Zhijie

Par Claire Debost

 

Encore: Reenactment in Contemporary Photography

Du 12 mars au 9 juin 2019

Getty Center, 1200 Getty Center Dr, Los Angeles, CA 90049, États-Unis

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