Le travail du photographe japonais est exposé à la galerie &co119 à Paris. L’occasion de (re)découvrir son œuvre faite de mises en scène cocasses et poétiques.


Série Mode dans les dunes, 1983 © Shoji Ueda, Courtesy Galerie &CO119

Deux enfants qui tirent les manches du kimono d’une dame élégante sur une plage. Un homme vêtu d’un smoking posté sur une dune de sable. Une femme lascive qui attend devant un homme en costume. Tels sont les tableaux réalisés par Shoji Ueda entre les années 1940 et les années 1980. Des mises en scène drôles, parfois bon enfant, parfois érotiques, parfois romantiques... Et le tout saupoudré d’une composition extrêmement minutieuse, d’un cadre savamment choisi pour faire jaillir toute la grâce des êtres qu’il photographie. L’art de Shoji Ueda se faufile dans une élégance discrète, dans un apparent désordre qu’il manipule d’une main de maître et dans une attention toute particulière aux détails, preuves d’une sensibilité extrême.


Maman est à moi, 1950 © Shoji Ueda, Courtesy Galerie &CO119

Vanités

En témoignent ses portraits qu’il fait d’hommes en train de tenir un ballon rempli d’hélium. C’est une ode à la légèreté de l’être, à l’enfance retrouvée, à la simplicité des choses. C’est aussi le fil de la vie dans son effarante fragilité que le photographe attrape et questionne en montrant la main qui tient la petite ficelle retenant le ballon. C’est peut-être la main possessive de l’homme qui veut tenir encore les choses les plus inutiles et les plus absurdes tandis qu’il est voué à la disparition. Il y a dans les photographies de Shoji Ueda une mélancolie qui se cache et qui dit en filigrane la futilité de l’existence humaine. Habillés élégamment au milieu d’un lieu désertique, ses modèles sont comme des apparitions improbables, des pantins obéissant au doigt démiurge de l’artiste. Mais ils forment aussi comme des vanités disant toute l’absurdité de la condition humaine. Ce monde délicat et parfumé d’élégance que dessine Shoji Ueda semble être néanmoins un rempart contre toutes les horreurs du monde. Un îlot de grâce et de dignité devant l’inévitable fin individuelle de tout un chacun.


© Shoji Ueda, Courtesy Galerie &CO119 

Quatre filles, 1939 © Shoji Ueda, Courtesy Galerie &CO119 

Série Mode dans les dunes, © Shoji Ueda, Courtesy Galerie &CO119

Par Jean-Baptiste Gauvin

 

« Le monde de Shoji Ueda »

Du 21 mars au 17 mai 2019

Galerie &co119 119 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

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