Avec sa série North End, la photographe Géraldine Lay capture des scènes de la vie quotidienne des grandes villes du nord du Royaume-Uni : Glasgow, Manchester, Liverpool... Elle promène son appareil photo là où d’étonnantes lumières frappent les rues et les passants. Un travail à voir à la Galerie Leica à Paris et dans un livre éponyme publié aux éditions Actes Sud. Entretien avec une photographe qui aime déambuler dans la ville à la recherche d’une scène, d’une attitude, d’une composition particulière...


Manchester, 2014 © Géraldine Lay, courtesy Galerie le Réverbère, Lyon 

D’où vous est venue l’idée de cette série North End ?

Cette série a commencé parce que Diaphane, un centre photographique à Beauvais, m’avait proposé de participer à leur projet qui s’appelait « Destination Europe ». Il s’agissait de partir avec un tout petit budget, quatre-cinq jours, dans une ville européenne. J’ai choisi Glasgow. Et ç’a été un vrai coup de cœur ! Dans l’exposition, ici, à Paris, il y a d’ailleurs au moins cinq photographies qui proviennent de ce premier voyage que j’ai réalisé en 2009. C’est dire combien il m’a marqué ! Ça a été vraiment une belle rencontre. Ensuite, j’y suis retournée plusieurs fois et puis j’ai décidé d’aller voir un peu plus bas au nord de l’Angleterre : Manchester, Liverpool...

Qu’est-ce qui vous a frappé dans ces villes ?

Je pense que j’y suis allée par curiosité. Je savais très bien que le nord de l’Angleterre avait vécu une époque très dure, que j’entendais en arrière-fond quand j’étais adolescente, c’est-à-dire l’ère Thatcher... Je me demandais un peu ce qu’étaient ces villes et ce qu’étaient devenues ces villes après la post-industrialisation, après Thatcher. Et puis, j’ai découvert des lumières vraiment étonnantes, des lumières du Nord. Des couleurs particulières...


Bristol, 2015 © Géraldine Lay, courtesy Galerie le Réverbère, Lyon 

Qu’est-ce qui vous attrape le regard en général : l’attitude de quelqu’un ? La couleur ? La composition d’une scène ?

Un peu tout ça à la fois. Ce sont aussi les gens, ce qu’ils expriment. J’ai envie de dire « leurs failles ». Pas leurs faiblesses, pas dans ce sens-là, mais ce qu’ils laissent apparaître, ce qu’ils laissent voir d’eux au cours d’un instant. Des gens qui me racontent quelque chose. Des personnages. Ce qui me fait déclencher la photo, ce sont aussi des lumières. La lumière va m’arrêter dans ma déambulation. Je suis attentive à la lumière. Je me souviens d’une journée à Londres où il y avait des lumières « dirigées ». J’aime ce type de lumière. Un peu comme des coups de projecteurs. Et puis, je marche beaucoup pour faire mes photographies. Je suis incapable de rester à un endroit. J’ai l’impression de gêner. Parfois je déambule sans trop savoir où aller.

Sur vos photographies, les gens semblent souvent seuls. Ou plutôt : plongés dans une solitude...

Je ne sais pas si c’est ce que j’ai cerné de ces gens-là, mais c’est ce que j’ai capté de ces moments-là. C’est la magie de la photographie. Si on donne le contexte, on se rend compte que ces gens-là ne sont pas aussi seuls que ça, ils ne sont pas aussi suspendus que ça. C’est la photographie qui le permet et certainement ce que je cherche également. Ce n’est pas forcément des gens seuls. C’est aussi ma propre solitude face à eux qui ressort. Une espèce de miroir. C’est la photographie qui capte cet instant et qui isole.


Bristol, 2015 © Géraldine Lay, courtesy Galerie le Réverbère, Lyon  

Londres, 2015 © Géraldine Lay, courtesy Galerie le Réverbère, Lyon  

© Géraldine Lay, courtesy Galerie le Réverbère, Lyon 

 

Géraldine Lay, « North End »

Du 11 avril au 22 juin 2019

Leica Store 105-109 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

Livre publié aux éditions Actes Sud, texte de Robert Mcliam Wilson, septembre 2018, 96 pages

Article précédent Article suivant
À lire