Le château de Versailles a demandé à cinq photographes de renom d’investir les lieux. Chacun déploie une vision différente du célèbre domaine du « Roi-Soleil ».


Nan Goldin, Pandora, The garden of Petit Trianon © Château de Versailles, 2019

C’est un parcours fléché qui stimule les sens et l’émerveillement. À l’orée du splendide jardin des Grand et Petit Trianons, à côté des douces fontaines et des arbres imposants, se dissimulent des photographies. Elles sont signées Nan Goldin, Martin Parr, Eric Poitevin, Viviane Sassen ou encore Dove Allouche. Les cinq artistes ont été choisis pour porter un regard nouveau et personnel sur le domaine du Château de Versailles qui accueille, une fois par an, une installation d’art contemporain. Cette année, c’est donc la photographie qui est célébrée. « Nous avons souhaité proposer à un public extrêmement divers un parcours parallèle, un Versailles différent. Il s’agit d’offrir une autre approche dans la visite traditionnelle avec un résultat inattendu des artistes qui ont réalisé quelque chose d’inédit » explique Alfred Pacquement, l’un des commissaires de l’exposition.


Vue de l’exposition " Versailles - Visible / Invisible" © Château de Versailles, 2019

Nan Goldin : la source ténébreuse

L’artiste américaine a décidé de créer une installation sonore et visuelle dans un étroit couloir du Petit Trianon. On entre dans un espace clôt par des rideaux noirs dans lequel se succèdent des photographies des immenses tuyauteries du Château, celles qui alimentent les célèbres fontaines du parc, ainsi que des portraits des statues qui peuplent les jardins du domaine. Nan Goldin propose une sorte d’immersion où nous sommes vite envahis par les images, mais qui déclenche comme le sentiment d’une plongée dans les catacombes de l’incroyable monument qu’est le Château de Versailles, comme si la photographe parvenait à nous révéler une part des coulisses du lieu et nous faisait prendre conscience de ses entrailles, de ses incontournables éléments qui garantissent une part de sa vitalité.


Nan Goldin, The Pipes © Château de Versailles, 2019

Eric Poitevin : fixer le soleil

Un peu plus loin, au fond du jardin du Petit Trianon, dans le lieu-dit : « L’Orangerie de Jussieu », s’étalent des images réalisées par Eric Poitevin. L’artiste présente deux séries différentes. La première est consacrée à une plante florale qui pousse dans les espaces du domaine, l’angélique. Eric Poitevin en fait douze portraits qu’il expose côte à côte. Nous y voyons des traces de fanaison qui renforcent l’idée de la fragilité qui nous prend devant ces photographies de végétaux et qui nous incite à la méditation devant le temps filant. Et puis, dans une salle attenante, Eric Poitevin expose une série de photographies qu’il a prises du soleil. Audace ultime d’un photographe qui offre un panorama d’images absolument surexposées, mais dans lesquelles nous descellons la forme arrondie de l’astre et qui font échos aux rayons du soleil qui s’avancent à travers les vitres du bâtiment.


Eric Poitevin © Château de Versailles, 2019

Rire de Versailles avec Martin Parr 

Dans un espace ouvert pour la première fois au public, le sublime petit Pavillon Frais, le photographe britannique réitère son fameux humour. Il prend en photographie les visiteurs de Versailles et en dresse un portrait caustique. Sur l’un d’eux, tous les visiteurs sont armés de leur téléphone portable et ne regardent finalement que l’écran de leur machine sans pouvoir détourner les yeux et fixer vraiment le bâtiment. Sur un autre, on voit l’immense file d’attente pour aller à l’intérieur du Château et un homme, affublé d’un manteau rouge, fait la grimace. Sur un autre, enfin, le costume de deux touristes au motif de fleurs se marie merveilleusement bien avec les marbres roses d’un couloir du monument. Sourire assuré.


Martin Parr © Château de Versailles, 2019

La monumentalité selon Viviane Sassen

La photographe connue pour ses images de mode a souhaité se confronter à la monumentalité des lieux. Elle a choisi de présenter des photographies imprimées sur toile et tendues sur des immenses cimaises qu’elle a disséminés un peu partout dans les salles du Grand Trianon. En opérant un geste de retouche des couleurs, elle parvient à donner une vision troublante des statues du parc ou des gens qui visitent le lieu. Elle a, en effet, demandé à de jeunes gens de poser pour elle tandis qu’elle a essayé de les intégrer au décor du Château de Versailles. Une jeune femme pose, par exemple, sa veste en jeans sur son visage alors qu’elle est dans un des espaces du monument, une salle où se mêlent dorures et guéridons. Un film de l’artiste est aussi proposé à la sortie du Grand Trianon.


Viviane Sassen, Leïla (série « Venus and Mercury ») © Château de Versailles, 2019

Les stries colorées de Dove Allouche

L’artiste s’est intéressé aux différents matériaux qui ont contribué à construire le Château de Versailles au temps de Louis XIV. Il est tombé sur le gypse, une matière qui permet de fabriquer du plâtre. Cette roche sédimentaire a servi à Dove Allouche comme négatif pour produire les images qu’il montre dans la Galerie des Cotelle du Grand Trianon. En jaillissent des tableaux abstraits composés d’infinies petites stries colorées qui évoquent comme une pluie de pigments et se mêlent parfaitement aux toiles et miroirs disposés un peu partout dans cette Galerie.


Dove Allouche, Evaporites 8 © Château de Versailles, 2019

Vue de l’exposition " Versailles - Visible / Invisible" © Château de Versailles, 2019

Vue de l’exposition " Versailles - Visible / Invisible" © Château de Versailles, 2019

Vue de l’exposition " Versailles - Visible / Invisible" © Château de Versailles, 2019

Par Jean-Baptiste Gauvin

Visible/Invisible

Du 14 mai au 20 octobre 2019

Domaine de Trianon du Château de Versailles 78008 Versailles

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