Avec ses Phénomènes, le travail de la photographe est l’un des temps forts des Rencontres d’Arles 2019. Pendant près de cinq ans, Marina Gadonneix a photographié des reconstitutions de phénomènes naturels tels des avalanches, des tremblements de terre ou des éclairs dans des laboratoires scientifiques. Dans la chaleur d’Arles, elle nous a accordé un entretien. 


Marina Gadonneix, Sans titre (Foudre). Avec l’autorisation de la galerie Christophe Gaillard

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce sujet, c’est-à-dire à des phénomènes naturels reconstitués dans des laboratoires scientifiques ? 

Tout d’abord, dans mes premiers travaux, je m’intéressais beaucoup à la mise en scène, au décor, à la simulation... En 2006, j’ai publié mon premier ouvrage qui s’intitule Remote control dans le cadre du prix HSBC que j’ai remporté. Là, en l’occurence, il s’agissait de la mise en scène médiatique. J’avais photographié des plateaux de télévision éteints. On était déjà dans une image mentale, dans une surface de projection... Je demandais à ce que les plateaux soient plongés dans le noir, mais que les écrans soient allumés. Lors de ce projet, j’ai découvert des pièces vertes et bleues, celles qu’on utilise par exemple pour la météo et je me suis emparée de ce sujet. J’ai photographié des pièces de studio télé. Ensuite, je me suis intéressée à la mise en scène de la catastrophe. J’ai fait une série qui s’appelle La Maison brûle tous les jours. Il s’agissait de maisons d'entraînements pour les pompiers avec un mobilier qui est amené à ne jamais se détruire en dépit du fait qu’il est mis dans le feu. Je me suis dit que la mise en scène de la catastrophe ne suffisait pas et je me suis alors tournée vers les phénomènes naturels étudiés dans les laboratoires. J’ai commencé par les avalanches avant de me pencher vers les phénomènes célestes. J’ai donc commencé par la catastrophe pour aller, ensuite, vers le merveilleux. 

Comment avez-vous procédé pour faire ces photographies ? 

Il a fallu beaucoup de voyages et beaucoup de recherche. J’ai établi une liste de vocabulaire qui faisait appel à des images mentales. Tout le monde a une image mentale d’un éclair, d’une avalanche par exemple. Ensuite, beaucoup de recherches pour trouver quels sont les laboratoires qui reproduisent ces phénomènes. Ils sont très localisés en fonction des différents phénomènes dans le monde. Les ouragans sont plutôt en Floride, les tremblements de terre plutôt en Californie... J’ai bénéficié d’une bourse de l’Institut français qui m’a permis de partir deux mois aux Etats-Unis rencontrer des chercheurs fascinants. 

« J’ai donc commencé par la catastrophe pour aller, ensuite, vers le merveilleux »

Au début de l’exposition vous nous montrez des photographies de pages de livres scientifiques où sont représentés notamment des lieux inaccessibles comme la planète Mars... Pourquoi ces images au début de l’exposition ? 

Quand je suis arrivée aux Etats-Unis, je me suis dit qu’il fallait d’abord aller au Smithsonian museum, une institution de recherche scientifique, où j’avais repéré des livres anciens du XIVème au XIXème siècles qui étaient les premiers ouvrages de tentatives de compréhension des phénomènes célestes et terriens. J’ai cherché des phénomènes que j’allais documenter ensuite en laboratoires. C’était important pour moi de montrer ces premiers documents que nous avons, ces premières recherches humaines sur le sujet des phénomènes naturels. 


Marina Gadonneix, Sans titre (Vagues) #1. Avec l’autorisation de la galerie Christophe Gaillard

En montrant les laboratoires scientifiques qui travaillent sur ce qui échappe à l’homme, ne cherchez-vous pas à révéler les tentatives de contrôle de l’homme sur ce qui ne se contrôle pas ? 

Oui, bien sûr. J’ai été très inspirée par une phrase de Man Ray que j’avais noté au début de mes recherches et qui vient d’un livre de Mallarmé : « Jamais un coup de dé n’abolira le hasard ». C’est vrai et ce qui est intéressant c’est qu’aux Etats-Unis, ils n’appellent pas cela « Phénomènes », mais « Hazards ». Donc effectivement cette question du hasard qu’on ne peut pas prévoir... Dans ce travail, l’idée était aussi de s’éloigner de cette notion de danger du phénomène naturel pour aller vers l’émerveillement, le réenchantement... Un voyage poétique avec de l’humour dans les légendes, mais avec des données parfois très scientifiques. 

Vous aimez nous montrer des espaces de fabrication, là où se font les choses, comme les plateaux de télévision vides, les espaces de studio ou encore les salles d'entraînement des pompiers... Que cherchez-vous à pointer en soulignant ainsi les lieux de fabrication et d’expérimentation des choses ? 

Je pars toujours du réel, de ce qui existe concrètement, pour aller vers des images mentales comme des surfaces de projection. Mon dernier travail, juste avant celui-ci, s’intéressait aussi à la fabrication des choses : je suivais des photographes qui photographiaient des œuvres d’art et je photographiais juste après leur prise photographique, ce qui donnait quelque chose d’assez minimal. Cela faisait appel à une imagerie mentale. C’est donc plutôt la fabrication des images qui m’intéresse plutôt que de faire un document sur la fabrication des choses. 


Marina Gadonneix, Sans titre (Vagues) #1. Avec l’autorisation de la galerie Christophe Gaillard

 


Marina Gadonneix, Sans titre (Éruption volcanique). Avec l’autorisation de la galerie Christophe Gaillard.

 


Marina Gadonneix, Sans titre (Collision de trous noirs). Avec l’autorisation de la galerie Christophe Gaillard.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Gauvin

 

Marina Gadonneix, Phénomènes

Du 1er juillet au 22 septembre 2019

Mécanique Générale Arles 

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