Parmi les cinquante expositions présentées cette année aux Rencontres d’Arles, une artiste sort de l’ombre. Les subtiles nuances de gris des images de Laurence Aëgerter contrastent avec sa personnalité solaire et chaleureuse. Au détour d’une séance de signature à Croisière (lieu de son exposition), elle évoque avec nous ce travail qu’elle mène depuis plus de cinq ans et qu’elle révèle dans la chaleur arlésienne. 

À l’étage de Croisière, les expositions se succèdent dans un dédale de pièces et de terrasses qui dominent la ville. Sur le mur d’une de ces salles qui tentent d’abriter un peu de fraîcheur, on peut observer la série de l’artiste française, sobrement intitulée Cathédrales. On y voit plusieurs photographies identiques représentant la cathédrale de Bourges, vue de face, dont la seule différence est cette ombre qui passe et se promène. Il s’agit en réalité d’une photographie d’un livre publié dans les années 1950 par le ministère du Tourisme pour promouvoir l’architecture spirituelle en France. L’artiste a photographié cette page plus d’une centaine de fois pour capturer l’ombre de la fenêtre de son atelier qui traverse progressivement l’image. Cette série initie une réflexion sur le temps, quête entêtante du photographe qui tente d’en retranscrire le passage à défaut de parvenir à le saisir. 


Laurence Aëgerter, Cathédrales hermétiques, Coutances, (église gothique, XIIe siècle)

Image latente

À cette première série succède Cathédrales hermétiques, un titre d’autant plus énigmatique que les images de cette série sont noires. Les photographies sont ici disposées sur de grands chevalets posés à même le sol faisant face aux fenêtres. Le visiteur, intrigué, est invité à s’arrêter pour observer le phénomène qui opère lentement sous ses yeux. Au fur et à mesure que la lumière du soleil parcourt l’image, la photographie se dévoile et révèle peu à peu l’intérieur d’une cathédrale. “J’ai sérigraphié une encre thermosensible sur mes tirages argentiques” explique l’artiste, “cette encre a la capacité de devenir transparente au contact du soleil. En se réchauffant, l’image se révèle”. Il faut environ quarante minutes pour permettre à une image de 80 cm de large d’apparaître complètement. “C’est une expérience très belle que de vivre cette transition. Il y a quelque chose d’un peu magique” commente la photographe. 

C’est une expérience très belle que de vivre cette transition

Au temps des cathédrales 

À cette expérience du passage du temps sur l’image se superpose une réflexion sur la temporalité, ce qui possède une existence dans le temps, perdure pour un jour, une décennie, un siècle ou plus. Les cathédrales, elles, figurent parmi ces monuments qui traversent les âges. Pour sa série Cathédrales hermétiques, Laurence Aëgerter a photographié trois cathédrales de trois époques différentes : du Xe, XIIe et XXe siècle. Une façon pour la photographe d’explorer “les différents modes architecturaux qui provoquent une expérience spirituelle”. Mais le travail de la photographe se dote d’une nouvelle dimension lorsqu’on s’aperçoit qu’au temps des cathédrales s’ajoutent d’autres temporalités : celle de la prise de vue, de la réalisation de l’image dans son atelier et enfin celle de son contexte d’exposition. Une même image nous invite ainsi à percevoir les différentes facettes du temps. “L’immuabilité d’hier rencontre l’éphémère d’aujourd’hui” explique la commissaire d’exposition Fannie Escoulen et la photographe d’ajouter qu’elle construit “de petits monuments au temps”. 


Laurence Aëgerter, Cathédrales hermétiques, Coutances, (église gothique, XIIe siècle)

Par Coline Olsina

 

Laurence Aëgerter, Cathédrales hermétiques

Du 1er juillet au 22 septembre 2019

Croisière, Arles 

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