Jusqu’au 25 août prochain, la Maison Européenne de la Photographie rend hommage à une figure incontournable de la photographie américaine : Henry Wessel. Intitulée A Dark Thread, l’exposition aborde l’oeuvre du maître à l’aune du roman noir, dont il était un lecteur avide et un fidèle interprète. 


Incidents No.2, De la série Incidents, 2012 © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

Sous l’objectif de ce Californien d’adoption se dessine le portrait d’une vie a priori paisible et agréable. Les palmiers, la douce lumière du Grand Ouest, la Cadillac soigneusement garée devant un pavillon modeste, mais coquet. Rien ne préfigure les drames qui semblent pourtant se jouer sous nos yeux. Une femme désespérée, un copain jaloux, une humiliation de trop ou au contraire la morbidité d’une vie sans surprise. Ces drames du quotidien qui se déroulent dans l’indifférence d’une banlieue chic et tranquille et qui sous le regard d’Henry Wessel prennent des allures hitchcockiennes.  Que penser de cet homme en imperméable qui semble dissimuler son visage sous un chapeau et des lunettes noires ? De cette belle Latine à l’arrière d’une voiture qui nous lance un regard inquiet ? Ou de ces deux gamins qui se bagarrent sur la pelouse ? 


Incident No.6, De la série Incidents, 2012 © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

Intrigues

Photographe autodidacte, c’est à l’occasion d’un voyage photographique entrepris en 1969 qu’Heny Wessel découvre la Californie et sa lumière si singulière. Fasciné par les nouveaux paysages d’une Amérique à l’apogée de sa puissance, il en documente chaque détail : les autoroutes, les stations-service, les panneaux publicitaires, les motels. Mais lorsqu’il décide de s’installer dans la baie de San Francisco en 1971, son travail prend une nouvelle dimension. C’est ici, dans le berceau du cinéma hollywoodien et la tête pleine des mots d’un romancier tels James Ellroy ou John Fante, que Wessel commence à entreprendre ce qui fera la singularité de son oeuvre. À la manière d’un détective privé - au milieu de la nuit ou au volant de sa voiture - Wessel capture des scènes de vie, le quotidien d’une population tranquille et apparemment sans histoire. Mais sous son objectif le banal inquiète et l’insignifiant génère le doute. Une porte qui s’ouvre, une ombre projetée, une conversation entre amants, un homme assis sur un banc... Tout prête à suspicion. Lui-même s’amuse de cette ambiguïté et ira jusqu’à nommer cette série composée de seulement 27 images : Incidents. Le visiteur se plaît alors à déambuler au milieu de ces clichés comme on rembobine une vieille cassette, cherchant le fil conducteur d’un film dont il ne percevrait que des extraits.


Incidents No.5, De la série Incidents, 2012 © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

Deuxième oeil

Mais sous le masque austère d’un féru de polars, semble se cacher une âme solaire avide d’histoires et d’aventures. Infatigable chasseur d’images, la photographie est pour lui « une expérience jouissive et passionnante » et lui offre matière à d’innombrables récits, mystères et intrigues qui peuplent son imagination. Ces longues pérégrinations photographiques lui donnent également matière à réfléchir. Réfléchir à ce qui fait une bonne photographie, pourquoi il l’a fait et comment la réussir. Le parcours de l’exposition est ainsi semé de ces citations qui révèlent la démarche artistique de Wessel et sa conception de la photographie : « Le processus de la photographie est un plaisir, les yeux grand ouverts, réceptif, sensible jusqu’au moment où une connexion s’opère ». Adepte d’une photographie spontanée et authentique, Wessel aime à souligner l’incroyable liberté que permet l’appareil photo et prône une pratique débarrassée des carcans de l’intellect : « Il est si exaltant de sortir des confins de l’esprit, les yeux loin devant la pensée ».


Incidents No.27, De la série Incidents, 2012 © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

 


Incident No.21, De la série Incidents, 2012 © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

 


Night Walk No. 5, 1998, De la série Sunset Park © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

 


Santa Monica, California, 1989  © Henry Wessel; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York 

 


California, 1977  © Henry Wessel ; courtesy Pace/MacGill Gallery, New York

 

Par Coline Olsina

 

Henry Wessel, A Dark Thread

Du 5 juin au 25 août 2019

Maison Européenne de la Photographie, 5/7 Rue de Fourcy, 75004 Paris 

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