Des animaux maltraités, enfermés dans des cages minuscules, exhibés comme des bêtes de foire devant une horde de touristes sans scrupule… C’est la triste réalité qu’a captée Kirsten Luce dans un reportage poignant exposé dans la cour de l’Église des Dominicains à Perpignan. 


Un macaque donne l’une de ses multiples représentations quotidiennes. Lorsqu’ils ne sont pas forcés à exécuter ces numéros, les singes sont enfermés dans des petites cages individuelles. Des panneaux expliquent qu’après la fermeture de l’école ils sont transférés dans des endroits plus confortables pour la nuit, mais c’est faux. École pour singes Mae Rim, Chiang Mai, Thaïlande. © Kirsten Luce / National Geographic / NG Image Collection

Ils semblent morts, jonchés sur un sol en béton armé, derrière d’épais barreaux. Une dizaine de tigres croupissent dans une cage exiguë. Ils attendent leur tour. Qu’on vienne les chercher pour les faire poser à côté de touristes qui payent une poignée de dollars pour une photo souvenir avec le fauve. Savent-ils, ces touristes, que ces animaux périclitent dans des prisons lugubres ? Savent-ils que leurs pattes ne foulent plus jamais l’herbe luxuriante d’une jungle, mais l’âpreté d’un bitume sur lequel ils tentent tant bien que mal de dormir, passer le temps, oublier peut-être leurs conditions de bêtes captives ? Ces tigres pris en photographie par Kirsten Luce dans un zoo en Thaïlande illustrent la tragique réalité d’un commerce qui fait fi du bien-être animal, qui n’hésite pas à maltraiter une faune magnifique pour un triste profit. 

Dauphins 

La photographe ne s’est pas contentée d’en faire le constat. Elle parvient à dévoiler toute l’absurdité de cette pratique et nous montre combien l’être humain peut, après avoir mis à mal l’animal, le ridiculiser, lui enlever sa dignité. C’est par exemple le cas d’un spectacle qui a lieu en Russie au cours duquel le dresseur Grant Ibragimov exhibe un immense ours brun dans un tutu violet. La beauté et la force intrinsèque de la bête se désintègrent sous le pathétique de la situation et l’ensemble donne envie de pleurer tout en se demandant comment, dans notre siècle, de telles inepties sont encore possibles. Un peu plus loin, toujours en Russie, Kirsten Luce découvre combien les animaux marins tels que les dauphins sont parfois maltraités, certains ne survivant pas plus de quelques mois dans les parcs aquatiques et aussitôt remplacés illégalement par les propriétaires. 


Gluay Hom, un éléphant d’Asie mâle de 4 ans, a une patte cassée et des plaies ouvertes à la tête. Il est gardé en captivité sous l’arène où les éléphants effectuent des tours pour divertir le public. Son cas est l’un des pires exemples de négligence que nous avons pu constater au cours du mois que nous avons passé à enquêter sur l’industrie du tourisme autour des éléphants en Thaïlande. Notre fixeur est retourné dans ce zoo six mois plus tard (en décembre 2018) et l’a retrouvé là, se morfondant dans le même état. Ferme aux crocodiles et zoo de Samutprakarn, périphérie de Bangkok, Thaïlande. © Kirsten Luce / National Geographic / NG Image Collection

Joie noire 

Ce voyage en enfer ne s’arrête pas là. Car c’est surtout l’aveuglement des touristes amateurs de ce type de spectacle qui frappe et que la photographe parvient à saisir. Ces groupes de personnes qui n’hésitent pas à se faire prendre en photo devant un animal blessé et qui semblent n’avoir que faire de sa santé. On voit leurs visages remplis d’une joie noire, contents de pouvoir faire un selfie à côté d’une bête extraordinaire sans se demander comment elle va. Devant le reportage de Kirsten Luce, on se dit que l’intention est peut-être louable : voir des animaux rares de près, mettre en avant leur beauté. Mais on se dit que la méthode est déplorable et qu’elle contribue à l’assassinat de la faune sauvage. 


Un ours polaire et sa dresseuse Yulia Denisenko. Le cirque des ours blancs serait le seul cirque du monde à mettre en scène des ours polaires. La totalité du spectacle se déroule sur glace et les ours sont muselés. Kazan, Russie. © Kirsten Luce / National Geographic / NG Image Collection

 

Par Jean-Baptiste Gauvin

 

Kirsten Luce, "La face cachée du toursime de la faune"

Du 31 août au 15 septembre 2019 

Église des Dominicains, 6 Rue François Rabelais, 66000 Perpignan

 

  

 

 

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