Une exposition à la Photographers’ Gallery présente les travaux de 70 photographes et artistes témoins des événements sociaux qui ont bousculé le continent. Entre régimes totalitaires et avènement d’une société de consommation, récit visuel d’une époque singulière pleine de tensions. 


Pablo Ortiz Monasterio, Flying low, Mexico City, 1989 © Pablo Ortiz Monasterio, Courtesy of the artist

C’est une photographie emblématique. Un jeune homme vêtu d’une veste en jean et d’un pantalon déchiré, s’élançant dans les airs, au-devant d’un mur bardé de graffitis dont l’un représentant un revolver. Il est comme projeté ainsi qu’une balle qui sortirait de l’embout du pistolet… Toute la violence des changements sociaux à l’œuvre sur le continent est contenue dans cette image de Pablo Ortíz Monasterio. Elle s’impose comme l’icône de cette exposition. On y devine la jeunesse en pleine effervescence, s’appropriant les styles et la culture underground nord-américaine, mais qui doit affronter le danger quotidien des armes à feu dans des pays où règnent parfois la dictature. 

Dans ce contexte, comment la protestation se manifeste-t-elle ? Quelles sont les possibilités d’actions au sein d’un régime oppressif ? Alors que la liberté d’expression est rendue quasi inexistante, les murs et les façades des villes latino-américaines se transforment en cri d’un peuple. Recouverts de graffitis, de posters, et de slogans, les espaces publics témoignent des enjeux sociaux et politiques. C’est ce que nous pouvons voir sur les images et collages des artistes  Ataulfo Pérez Aznar et d’Herbert Rodriguez. Ils montrent à quel point la photographie s’imprime sur divers formats, à quel point elle circule dans les rues et entre les mains de nombreux activistes.


Álvaro Hoppe, Calle Alameda, Santiago, 1983 © Álvaro Hoppe, Courtesy of the artist

Féerie 

Dès les années 1960, la culture “pop” nord-américaine transforme l’Amérique latine. Elle devient un espace hétéroclite, entremêlant société de consommation et vestiges de la culture hispanique. Le célébrissime portrait du Che Guevara par Alberto Korda est devenu à ce titre le symbole controversé de cette époque, s’imprimant sur tous les drapeaux et tous les t-shirts, sur toutes les surfaces d’expressions à portée de mains.

Parfois, des affrontements violents éclatent entre activistes et policiers. Un véritable contrepoint à la féerie et aux promesses d’une société de consommation telle qu’elle est présentée à Hollywood. C’est ainsi qu’Alvaro Hoppe attrape une vitre brisée et en fait l’incarnation de cette violence sociale. Ainsi sont aussi les images d’Eduardo Longoni et Perdo Valtierra. Des images coup de poing pour dénoncer la violence. Comme le soulignent María Wills et Alexis Fabry, commissaires de l’exposition : « La photographie a été une arme contre le silence ». La photographie se fait dénonciatrice et contestataire. Elle rend visibles l’absence, les kidnappings, les meurtres. Elle fait état des divers conflits ayant secoué l’Amérique latine, telle que la révolution cubaine, les dictatures militaires et leurs diverses stratégies d’oppression. Elle est un témoignage précieux qui alimente l’histoire et l’idée qu’on s’en fait. 


Alberto Korda, The Quixote of the street lamp, Cuba, 1959 © Alberto Korda Estate, Courtesy of the artists estate

 


Alejandro Hoppe, Funeral of Rodrigo Rojas de Negri, Santiago, 1986 © Alejandro Hoppe, Courtesy of the artist

 


Pablo Ortiz Monasterio, If You Shoot, I Shoot, Mexico City, 1989 © Pablo Ortiz Monasterio, Courtesy of the artist

 


Eduardo Longoni, The Battle of the Plaza de Mayo, Buenos Aires, 20, December 2001 © Eduardo Longoni, Courtesy of the artist

Par Julie Bonzon

 Urban Impulses : Latin American Photography from 1959 to 2016

Du 14 juin au 6 Octobre 2019

The Photographer's Gallery

16-18 Ramillies St, Soho, W1F 7LW Londres

 

 

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