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En photographiant fruits, fleurs et cucurbitacées, ces deux personnalités atypiques ont magnifié plantes et légumes au début du XXe siècle. Une jolie exposition à voir à la Galerie Miranda à Paris. 


Cucumber Telegraph, c. 1900 © Charles Jones courtesy of Galerie Miranda

« C’est comme s’il avait photographié ses enfants », analyse Miranda Salt quand elle évoque le travail du Britannique Charles Jones (1866-1959). Curieux personnage qui n’a laissé d’autres traces que ses rares tirages dont une partie est présentée à la galerie en ce moment et qui représentent des végétaux tirés de son propre jardin. « Charles Jones travaillait en tant que jardinier la journée et, le soir, il faisait le portrait de ses légumes avec un soin incroyable, un fond neutre, une jolie composition », décrypte la galeriste. De fait, la photographie d’une grappe de tomates donne envie de mordre dedans tant elle est travaillée avec délicatesse et confère à l’image quelque chose de palpable. Ici, ce sont des céleris posés délicatement contre un mur, là deux grosses courgettes qui trônent comme une reine et un roi, là des haricots qui laissent transparaître la subtile rondeur de leurs pois. 


Phacelia tanacetifolia (Wild heliotrope) © Karl Blossfeldt courtesy of Galerie Miranda

Vieille malle

Des formes qu’enregistre à merveille aussi l’autre photographe mis à l’honneur par la galerie Miranda, Karl Blossfeldt (1865-1932). Ancien ouvrier dans le domaine des forges, il se plaira à photographier les mauvaises herbes qui jonchent le sol de Berlin dans des compositions extrêmement minutieuses. Il inventera même un objectif photographique afin de réaliser ces vues très précises des plantes où l’on voit surgir des détails étonnants qui donnent une matière sans pareil à ce qu’il y a d’organique. Karl Blossfeldt est un contemplateur qui se laisse guider par la beauté naturelle des végétaux. Par le médium photographique, il en fait jaillir toute la folie des formes et toute leur luxuriance. Idem chez Charles Jones qui, immédiatement après sa mort, est tombé dans un oubli profond. Il faudra qu’un historien de l’art découvre par hasard une vieille malle remplie de photographies de légumes dans un marché aux puces de Londres en 1981. Au dos des tirages, il y avait parfois un nom écrit au crayon à papier : Charles Jones. 


 Centaurea Grecesina (Knapweed) © Karl Blossfeldt courtesy of Galerie Miranda

 


Beet, Globe c. 1900 © Charles Jones courtesy of Galerie Miranda

 

Par Jean-Baptiste Gauvin

 

Histoire naturelles : Charles Jones / Karl Blossfeldt

Du 3 septembre au 26 octobre 2019

Galerie Miranda, 21 rue du Château d’Eau, 75010 Paris

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