Loop


Pour sa troisième édition, ce jeune festival de photographie continue de tracer un sillon singulier en conjuguant des regards variés sur le paysage et la nature. Promenade champêtre - et dépaysante - assurée. 


Chaumont-sur-Loire © Henry Roy

Il règne sur le domaine du château de Chaumont-sur-Loire un air de printemps en plein automne. Même les frimas du mois de novembre ne parviennent pas à enlever cette note de renouveau qui se mêle aux petites fleurs blanches des pots posés à l’entrée des lieux. « Ce sont des images inédites, jamais montrées en France. Pour certaines, c’est une première mondiale ! », s’enthousiasme la directrice du domaine et créatrice du festival, Chantal Colleu-Dumond. Depuis trois ans, elle convie chaque année six photographes qui proposent une vision de la nature ou du paysage. Des artistes qui habitent parfois le coin - il y a cette année deux travaux directement liés à la Loire - ou parfois loin - un photographe mexicain et un coréen font partie de cette édition. 


© Bae Bien-U

Vague noire 

C’est justement le travail du photographe coréen, Bae Bien-U, qui ouvre le parcours. Il s’est rendu dans une île déserte en Corée du Sud sur laquelle trône un volcan et en a tiré un portrait en noir et blanc saillant, extrêmement composé. Ses photographies ressemblent à des caresses qu’il aurait appliqué sur le paysage, prenant ici la courbe langoureuse d’une colline, faisant par là surgir, telle une vague noire, sa cime arrondie. 

Sombres aussi sont les envoûtants tableaux de Juliette Agnel. La photographe présentait l’an dernier des icebergs pris au Groenland, elle s’est rendue cette année dans le désert soudanais. Épaulée par Chantal Colleu-Dumond qui était elle-même allée dans cette partie du pays, au nord, difficile d’accès, Juliette Agnel a réussi à faire un travail photographique sur les vestiges antiques qui peuplent le désert. « Ce sont des lieux magnifiques et peu connus », dit la photographe, « beaucoup moins connus que les sites antiques d’Égypte par exemple ». 


© Juliette Agnel

Science-fiction 

Avec ce travail, Juliette Agnel met en lumière toute la beauté de ces architectures oubliées du pays des Pharaons noirs ; architectures fondues dans le paysage lunaire d’un désert rocailleux. Pour ajouter du mystère, elle a greffé à ses images des cieux étoilés - des photographies qu’elle a réalisées à côté, la nuit et qu’elle a assemblées, à celles des sites antiques, faites la journée. Le paysage nocturne devient presque fictionnel. « J’aime bien dire que je fais de la science-fiction », s’amuse Juliette Agnel qui dit aussi chercher à révéler la force des lieux. « Ces tombeaux ont été construits sur des sites à très fortes résonances telluriques », explique-t-elle. 

Juan San Juan Rebollar est, de son côté, fasciné par les végétaux. Le photographe mexicain raconte qu’il vit au milieu des fleurs et qu’il observe, chaque jour, leur lente dégradation. Ainsi fait-il leurs portraits au moment où elles commencent à disparaître, dans l’espace-temps de la fanaison. Les pétales se replient sur eux-mêmes, les couleurs s’évaporent, l’ensemble est le vestige d’une disparition inévitable. La beauté se loge dans cette blessure du temps qui passe et la fleur en est le support organique désigné par l’œil du photographe, célébré par ses pigments surannés et la danse visuelle que provoquent les formes de sa flétrissure. 


© Juan San Juan Rebollar

Loire

Les feuilles, les arbres, la lumière blanche et diffuse de l’hiver… Ce sont les divers éléments qui ont touché le photographe Henry Roy lorsqu’il s’est rendu à Chaumont-sur-Loire pour réaliser un portrait commandé par un journal. En tombant amoureux du lieu, il a demandé à Chantal Colleu-Dumond s’il pouvait revenir en résidence. Il a ainsi pu passer plusieurs semaines à arpenter le domaine et à le voir sous différentes saisons. « J’ai fait le portrait de Chaumont comme on fait le portrait d’une personne », affirme-t-il tandis qu’il a joint à ses images des mots dans une jolie publication. 

Lui ne manque pas de mots non plus pour dire son amour de la Loire. L’artiste américain Jeffrey Blondes propose un film de 12 minutes qui consiste en plusieurs plans du fleuve. Des panoramas magnifiques sur lesquels traîne un soleil orangé ou bien se dressent des herbes folles d’un vert piquant. « J’espère que les gens vont prendre le temps de regarder ces images », confie Jeffrey Blondes qui était autrefois un peintre de paysage et dit s’être beaucoup inspiré de Claude Monet. Pour lui, il est crucial de ralentir, d’opposer aux rythmes épuisants des villes la tranquille patience de la nature. 


© Jeffrey Blondes

Collection

Et parfois c’est elle qui s’emballe. C’est en tout cas l’impression que nous avons devant le travail du photographe Manolo Chrétien. Lui aussi a fait un portrait de la Loire, mais en s’attardant sur les effets de l’eau et son imposant tumulte. En prenant des photographies à une certaine heure et avec un certain contre-jour, il flirte avec le noir et blanc bien qu’il utilise la couleur. Ses images témoignent du tourbillon qui prend le fleuve, de ses ondulations permanentes. Elles dessinent une matière énigmatique qui ressemble aux poils d’un animal ou un feu de forêt dans une finesse graphique inouïe. 

La promenade s’achève en passant dans une nouvelle salle ouverte au public pour le festival, une salle dédiée aux précédentes éditions. En étant producteur des travaux des photographes, le château se dote chaque année d’une petite collection. La voilà exposée en partie pour le bonheur du public qui aurait raté les dernières éditions ou voudrait les revoir. Une petite collection qui place désormais Chaumont-sur-Loire sur l’échiquier des lieux qui comptent pour la photographie contemporaine en France et son festival, un rendez-vous de plus en plus incontournable. 

 
Fusions © Manolo Chrétien

 


Fusions © Manolo Chrétien

 


Chaumont-sur-Loire © Henry Roy

 

Par Jean-Baptiste Gauvin

Chaumont-photo-sur-Loire

Du 16 novembre 2019 au 28 février 2020

Domaine de Chaumont-sur-Loire

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