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Le Lianzhou Foto Festival s’est imposé comme un des évènements majeurs de la photographie contemporaine en Chine. Cette quatorzième édition, baptisée A Chance for the Unpredictable, réunit plus de 70 artistes internationaux sélectionnés pour l’attention singulière qu’ils portent à l’imprévisible. À l’occasion de son ouverture le 29 novembre, Blind vous fait découvrir certains d’entre eux.


Behind the Wall © Muge

Le photographe chinois Muge est né en 1979 à Chongqing. Primé à de nombreuses reprises, ses oeuvres font partie des collections du Metropolitan Museum of Art à New York. Dans la série Behind the Wall, présentée au Lizanhou Foto Festival, il nous embarque dans un road trip de 130 000 km à travers la géographie de son pays natal.

Le portrait mobile d’une patrie démesurée

Muge habite à Chengdu, grande cité de la province du Sichuan. Mais c’est surtout sur la route qu’il sera, entre 2013 et 2017, au volant de sa voiture à parcourir la Chine sur 130 000 km. Avec pour seuls compagnons de voyage, son grand format argentique et une dashcam qui enregistre son périple. Il intitule ce projet Behind the Wall.


Behind the Wall © Muge

L’empire du milieu défile sous nos yeux, comme un carnet de voyage poétique illustrant un univers rural en même temps qu’industriel. La Grande Muraille est saisie dans toute sa majesté mélancolique. L’air est sec, la terre lunaire, et les rares habitants que l’on croise ponctuent de leur chaleur ces paysages livides.

Ce qu’il y a derrière les murs

Il y a différents degrés de lecture du « mur », thème principal de la série. D’abord, et c’est une évidence monumentale, la Grande Muraille apparaît comme un fil d’Ariane à travers ces clichés. « C’est un symbole concret, qui représente l’image de la Chine » admet le photographe.


Behind the Wall © Muge

Mais le mur en question, c’est surtout une barrière invisible. Celle propre à l’artiste, qui explore des régions reculées, qui lui sont inconnues jusqu’alors. Et celle qui barre la route des habitants sur ses photos, littéralement coupés du reste du pays par des distances écrasantes. 

L’universalité de l’ordinaire

Muge reconnaît l’influence de Joel Sternfeld, et notamment son oeuvre American Prospects (1987), une série documentant les petites villes et paysages américains altérés par l’homme. Son travail « m’a impressionné, avec cette exploration de l’universalité des gens et des scènes ordinaires à travers l’Amérique » nous avoue l’artiste. D’ailleurs, l’une de ses photos, A watermelon soil, est un clin d’oeil à un célèbre champ de citrouilles immortalisé par son prédécesseur américain.


Behind the Wall © Muge

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas l’imprévisible qui motive la démarche de Muge. Il conclut « J’aime créer des oeuvres le long de la route, cependant, l’imprévu ne génère pas forcément des images étonnantes. Les accidents, les surprises, ne sont pas les raisons pour lesquelles j’ai décidé de faire ce projet (…) Je voulais retourner à la vie de tous les jours d’un individu ou d’un groupe, aux besoins physiques et aux états basiques, ce que l’on mange, ce à quoi ressemblent nos maisons, nos croyances, nos loisirs, etc ». 


Behind the Wall © Muge

 


Behind the Wall © Muge

 


Behind the Wall © Muge

 


Behind the Wall © Muge

 

Par Charlotte Jean

 

LIANZHOU FOTO FESTIVAL, A Chance for the Unpredictable

Du 29 novembre 2019 au 3 janvier 2020

Lianzhou, Guangdong, Chine

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