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De Diane Arbus à Henry Wessel, le Pier 24 Photography, lieu incontournable de la photographie à San Francisco, fête ses dix ans. Foyer de la collection de la fondation Pilara, il réunit à cette occasion les plus grands noms de la photographie d’hier et d’aujourd’hui. 

À la suite des directives des autorités de chaque pays, de nombreuses expositions sont suspendues, reportées ou annulées. Nous avons décidé de publier tout de même les articles qui en parlent, quand nous avons pu notamment les voir avant la fermeture. Pour plus d'informations sur notre ligne éditoriale durant cette période, vous pouvez lire ici notre édito.


Henry Wessel, Incidents No.16, n.d. © Henry Wessel, courtesy Henry Wessel Studio

Isolée sur une cimaise blanche, cette image iconique du début du XXème siècle amorce tout un pan de l’histoire de la photographie, du documentaire social aux portraits du petit peuple. Affublée d’un foulard sur la tête, le visage dur, et surtout cette pancarte plaquée contre son torse, cette femme visiblement dans la misère est étiquetée par ce mot à la fois fatal et réducteur : “Blind”. Plus que jamais ce mot résonne dans la photographie comme une réflexion sur ce/ceux que l’on voit et ce/ceux que l’on ne voit pas. Ce jour de 1916, Paul Strand a posé son objectif sur ces invisibles de la société que les photographes depuis n’ont cessé de montrer. 

À cet égard, le visiteur peut aussi découvrir la série de Diane Arbus réalisée en 1970-71 dans un institut psychiatrique aux États-Unis. Là aussi, des personnes presque jamais montrées sont portées à la lumière par un photographe. “Je crois qu’il y a des choses que personne ne verrait si je ne les avais pas photographiées”, confiait Diane Arbus. Huit ans plus tard, Richard Avedon décide quant à lui de pointer son objectif sur les mineurs de charbon dans le Wyoming. Des gueules noires qui contrastent avec la lumière franche du studio. 

D’une photographie à l’autre, le visiteur passe ainsi les âges et les frontières en découvrant côte à côte les clichés ici d’un Pieter Hugo au Ghana en 2009 et là d’un Henry Wessel en Californie en 1985. À ce titre, l’accrochage est audacieux, faisant fi des coutumes chronologiques et esthétiques. Ces maîtres du portrait sont ainsi réunis sur une même surface, montrant la diversité du médium et les regards pluriels. 


Pieter Hugo,Yaw Francis, Agbogbloshie Market, Accra, Ghana, 2009 © Pieter Hugo, courtesy of the artist

 


Alec Soth, Charles, Vasa, Minnesota, 2002 © Alec Soth, courtesy of the artist

 


Dorothea Lange, Migrant Mother, Nipomo, California, 1936 © Dorothea Lange

 


Richard Learoyd, Jasmijn, away from the Light, 2008 © Richard Learoyd, courtesy of the artist and Fraenkel Gallery, San Francisco

 


Mikhael Subotzky and Patrick Waterhouse © Mikhael Subotzky and Patrick Waterhouse,courtesy of the artists and Goodman Gallery, Johannesburg

 

Par Coline Olsina & Jean-Baptiste Gauvin

 

LOOKING BACK: TEN YEARS OF PIER 24 PHOTOGRAPHY

1er juillet 2019 - 31 mai 2020 

Pier 24, San Francisco 

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