Loop


L’œuvre de la photographe est exposée en ce moment à la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris. Un travail sur le sommeil du monde et l’invisible. 


© Marie Bovo

D’emblée, en entrant dans l’espace d’exposition, le visiteur est confronté à cette étrange sensation de flirter entre absences et présences humaines. Sur la gauche, d’immenses tirages révèlent la composition d’un bidonville de populations roms à Marseille. Marie Bovo a réalisé cette série de photographies dans la nuit, pendant que les gens dorment. Elle a surpris les installations précaires posées sur une ancienne ligne de chemin de fer : là un vieux tapis, ici une chaise en bois, là des bâches pour protéger de la pluie. Si les êtres humains ne sont pas sur les photographies, tout renvoie pourtant à leurs vies. Marie Bovo saisit avec son appareil photo la coquille qui abrite cette population. 

Le sentiment d’une présence humaine dans un vide visible est d’autant plus fort dans la série qui suit, Evening Setting. En Afrique, dans un petit village du Ghana, elle a placé sa chambre photographique juste en face de l’entrée de plusieurs cases. C’est l’endroit où sont préparés les repas. On voit tous les objets et ustensiles utilisés : petit tabouret, plat en métal, casseroles… Parfois, il y a même un plat sur le feu. Et pourtant. Jamais une seule personne. Marie Bovo fixe un tableau étrange : le vide soudain dans un lieu habité. D’où le sentiment d’une présence dans l’absence, d’un fantôme qui rôde dans l’image. 


© Marie Bovo

Théâtres 

« Dans une des photographies, vous avez un fantôme, vous avez un chat. Un chat qu’on distingue à peine, il est resté suffisamment de temps immobile pour laisser son empreinte, mais pas suffisamment pour être totalement présent, donc il n’est là que comme un fantôme. De la même manière, les objets qui sont là rendent fantomatiques les présences humaines.», explique justement l’artiste à propos de cette série. Et d’ajouter : « Ces objets, ils ont, au contraire, une présence très ancrée, très lourde, parce qu’ils renvoient aux objets du quotidien qui sont lestés par le feu, par l’eau. »

Ces lieux sont en quelque sorte des théâtres d’objets. Une impression renforcée par l'éclairage particulier d’un début de matinée ou d’une fin de journée, quand des ampoules jettent une lumière crue sur l’espace, comme sur une scène où se déploie le jeu des acteurs et les reflets tranchants des objets utilisés dans le drame. D’où, aussi, la forte présence des ombres qui ajoutent de la profondeur à l’image et renforcent sa beauté. 


© Marie Bovo

Petite trace de lumière

À Alger, Marie Bovo a installé sa chambre photographique dans les chambres d’un appartement. Il y a là une mise en abîme du cadre, par le propre cadre qu’impose la pièce et sa fenêtre, comme elle l’avait fait dans sa série consacrée au Transsibérien où elle prenait en photographie les portes ouvertes du train. Mais il y a aussi une recherche sur la lumière et sa tonalité particulière au moment du soir, au milieu de la nuit. 

Marie Bovo a en effet réalisé cette série aux heures nocturnes, laissant parfois un temps de pose très long, suscitant une captation plus intense et plus épaisse des lumières de la ville. Comme en témoigne la photographe : « On a toujours l’impression qu’une photographie c’est un moment saisi sur le vif, mais pas nécessairement. Une photographie c’est aussi du temps qui permet à la lumière de se révéler, d’imprimer la surface. Et avec ce temps de pose très long, on va pouvoir capter la moindre petite trace de lumière que l’oeil décèle à peine. »


© Marie Bovo

 


© Marie Bovo

 


© Marie Bovo

 


© Marie Bovo

 

Par Jean-Baptiste Gauvin

Propos de l'artiste recueillis par Anne-Frédérique Fer

 

Marie Bovo, Nocturnes

Réouverture le 26 mai jusqu'au 26 juillet 2020

Fondation Henri Cartier-Bresson, 79, rue des Archives, 75003 Paris

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