Loop


Le festival annuel français, plus importante réunion au monde pour la photographie, a annoncé aujourd’hui son annulation. Touché par la crise sanitaire comme le Festival d’Avignon et d’autres manifestations estivales.

Cette année, Arles n’aura pas lieu. Pour la première fois depuis sa création en 1970. L’annonce est officielle depuis ce mercredi 29 avril. Pourtant, pour tous les passionnés de photographie, les Rencontres d’Arles sont le rendez-vous incontournable chaque été. C’est l’occasion d’admirer de belles expositions, de rencontrer les grands photographes venus de tous les pays, de montrer ses images, d’organiser des réunions avec ses partenaires pour les professionnels, de trouver de nouvelles opportunités, de signer de nouveaux contrats… Tout un petit monde qui se cotoie dans un cadre détendu et dans un périmètre restreint, ce qui manifestement va à l'encontre des annonces gouvernementales du 28 avril: « Tous les événements qui regroupent plus de 5000 participants et font à ce titre l’objet d’une déclaration en préfecture et doivent être organisés longtemps à l’avance, ne pourront se tenir avant le mois de septembre. » Cette 51e édition devait aussi être la dernière de son directeur Sam Stourdzé, nommé en mars dernier directeur de la Villa Medicis à Rome, après six ans à la tête des Rencontres.

« Etant donné le contexte particulier, nous espérions que les Rencontres puissent être repoussées. Evidemment nous sommes déçus mais la sécurité sanitaire est la première des priorités et cette décision est sans doute la plus sage », explique Julien Alamo, directeur de l’antenne new-yorkaise du laboratoire Picto, l’un des partenaires historiques du festival qui assure notamment la production de tirages pour les expositions.

Charlotte Perriand, Fernand Léger, Photomontage pour le pavillon du ministère de l'Agriculture, Exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne, Paris, 1937 © Archives Charlotte Perriand / Les Rencontres d'Arles

En 2019, les Rencontres d’Arles ont accueilli 145 000 visiteurs. Sa fréquentation était en hausse de 70% sur les cinq dernières années, portée par l’intérêt grandissant de la photographie aussi bien chez les professionnels que les amateurs. Du 29 juin au 20 septembre 2020, le festival devait ainsi proposer une programmation de 35 expositions, pour un budget de production de 8 millions d’euros, et des retombées financières pour la ville estimées à 30 millions d’euros. Chaque année, le festival embauche 200 personnes en contrats aidés, ainsi réinsérés dans le monde de l’emploi. C’est un aspect moins connu des Rencontres que d’être cet acteur social qui fait baisser le chômage de 5 %, chaque été. Sur ses 8 millions de budget, un tiers provient de subventions publiques mais le retour sur investissement est important pour le métier. « La manifestation est un rendez-vous pour 18 500 professionnels, un marché des expositions où les institutions se rencontrent pour monter ensuite des coproductions, un lieu de découverte et d'inspiration pour les galeries, éditeurs, responsables d'agence de publicité ou de mode… », énumérait Sam Stourdzé dans le journal Les Échos l’année dernière.

Il y a une semaine, le conseil d’administration déclarait « se donner encore quelques jours afin d’étudier différentes hypothèses, en concertation avec la ville et l’Etat », afin de permettre une ouverture différée, fin juillet, dans une version altérée. Pour tous les partenaires du festival, dont BMW, Pictet, Kering ou BNP Paribas, les expositions et autres soirées de remises de prix et sont alors chamboulées. Aussi bien en terme de communication que d’un point de vue financier. Quand un mécène devient partenaire des Rencontres d’Arles, il peut ainsi « défiscaliser » 60% de son don, ce qui est un argument pour le maintien de son soutien au fil des ans.

Partenaires affectés

Lacroix, Spring-Summer Collection, Paris, janvier 1990 © Françoise Huguier / Les Rencontres d'Arles

Dupon-RC Group qui venait de s’insérer dans la liste des grands partenaires devait présenter une exposition de la photographe Françoise Huguier sur la mode et l’Afrique au Palais de Lupé, un lieu entièrement dédié au mécène. « Pour Dupon, reprendre sa place de grand partenaire des Rencontres d’Arles était un rêve que nous caressions depuis longtemps », explique Jean-François Camp, consultant en charge des festivals et expositions. « Le départ d’Olympus et l’amicale complicité avec Sam Stourdzé et Aurélie de Lanlay a fait le reste. Vu la situation économique actuelle, il se peut que de nombreux mécènes soient en difficulté l’année prochaine. Pour garder la dynamique de collaboration, j’espère que des lieux seront disponibles à Paris cet hiver et que nous pourrons en partenariat avec les Rencontres déplacer l’exposition de Françoise Huguier. »

L’impact est tout aussi marquant pour Picto, qui en 2020 fête ses 70 ans et préparait une grande exposition sur l’histoire du laboratoire photographique du milieu du XIXe siècle à aujourd’hui, dans le cadre de la programmation officielle. « La production était très avancée et nous devons maintenant considérer cette exposition différemment », dit Julien Alamo. « Picto produit chaque année un nombre important d’expositions à Arles. La plupart de ces productions n’étaient pas encore lancées, dans l’attente d’une position officielle des Rencontres face à la pandémie. Nous savons maintenant que ces expositions ne seront pas produites. Enfin, Arles est pour Picto Paris et Picto New York un formidable moyen de connecter ou reconnecter avec nos complices de toujours que sont les photographes, les galeries, les institutions et autres acteurs de la photographie venus du monde entier. » Arles est pour le laboratoire parisien le deuxième évènement majeur annulé de cette année qui devait être spéciale, après une belle exposition en partenariat avec Magnum qui devait avoir lieu en avril à la galerie Taittinger à New York.

Cuvette, vers 1930, série Les Gestes du tireur, collection Michel Campeau © Anonyme / Les Recontres d'Arles

Autre manifestation durant les Rencontres d’Arles, notamment durant sa très fréquentée semaine professionnelle en introduction: Voies Off, qui compte 160 galeries éphémères et de nombreux évènements associés. Là aussi, l’annulation est prononcée. « Nous sommes tristes de l’absence de cette grande fête internationale de la photographie », déclare Cécile Schall, fondatrice de la foire Fotofever, qui avait prévu d’annoncer le 2 juillet les trois lauréats du Fotofever Prize dans la Cour de l’Archevêché en partenariat avec Voies Off, avec une projection de leurs travaux. « Cela faisait quelques semaines que nous nous y attendions, mais nous espérions un report, un hors les murs… Devant l’incertitude concernant le maintien ou non des Rencontres d’Arles, nous avions déjà pris la décision de ne pas faire notre événement le 2 juillet à Arles. L’annonce sera faite sur les réseaux sociaux et nous ferons un événement à Paris si c’est possible avec notre partenaire Dahinden. »

Le conseil d’administration des Rencontres d'Arles, qui s’est réuni ce mercredi, a donc entériné le plan d’annulation des Rencontres d’Arles 2020 afin de « préserver son avenir », précise ses membres. « Nous cherchons d’ores et déjà des alternatives aux lourdes conséquences de cette annulation. Par ailleurs, nous allons épauler au mieux les artistes et commissaires d’expositions en leur versant leurs droits d’expositions. Nous explorons toutes les solutions pour accompagner nos équipes qui se sont toujours engagées avec enthousiasme et détermination. Nous avons aussi une pensée pour les nombreux Arlésiens qui se mobilisent en contribuant à l’accueil du public du festival pendant tout l’été. »

Par Jonas Cuénin

 

Affiche de l'édition 2020 des Rencontres de la photographie d'arles: Portraits Nord-Coréens, Corée du Nord, Pyongyang, Juin 2018 © Stéphan Gladieu / Rencontres d'Arles

 

 

Article précédent Article suivant