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Avec sa série UXO, la photographe explore le danger des restes d’explosifs issus de la guerre du Vietnam. Les habitants des zones non déminées sont encore aujourd’hui confrontés à la menace d’être blessés ou tués par une explosion. Margaux Senlis s’est rendue au Vietnam, mais aussi au Laos et au Cambodge afin de réaliser une enquête photographique exposée dans le cadre du festival Circulation(s) à Paris.


De la série UXO © Margaux Senlis

Comment avez-vous été sensibilisée à cette question ? 

J’avais fait un premier voyage au Cambodge où j’ai pas mal voyagé en voiture et je savais qu’il restait des champs de mines, mais je ne savais pas qu’il en restait autant. J’ai été choquée par le nombre de champs et de panneaux que je voyais sur les routes. Je me suis renseignée dessus et je me suis rendu compte qu’il restait beaucoup de mines et qu’elles faisaient encore des victimes aujourd’hui. J’ai souhaité faire un travail photographique pour témoigner de ce danger qui persiste, qui est toujours là, presque cinquante ans après les conflits. 

Pour approfondir, avez-vous fait des recherches ou êtes-vous entré en contact avec des associations ? 

J’ai fait cinq mois de recherche pour préparer mon voyage. J’ai contacté des associations. Je savais dans chaque pays où est-ce que je voulais aller, quel type de personne rencontrer. J’ai fait des portraits d’agriculteurs, d’ouvriers et d’enfants qui sont les principales victimes des mines antipersonnelles.  


De la série UXO © Margaux Senlis

C’est un sujet dur. Nous pouvons nous attendre à des images difficiles. Là, vous faites un traitement très en douceur. 

Je trouvais cela important. C’est un sujet violent et d’actualité, mais je trouvais important de ne pas montrer d’images trop fortes ou violentes, car c’est un danger caché, c’est quelque chose qu’on ne voit pas, la mine enterrée. Ce n’est pas en parlant d’un sujet violent qu’on va trouver cette violence. Je souhaitais que ce soit aussi une représentation un peu cachée, sous-jacente, qu’il y ait plusieurs lectures dans l’image, qu’on puisse la regarder une fois, puis comprendre de quoi ça parle et la regarder différemment. Comprendre ce qu’il y a derrière un paysage, ce qu’il y a derrière une jungle. J’ai mis beaucoup d’images d’eau, car, pendant la saison des pluies, l’eau se mélange à la terre et ça déterre des bombes, des mines. 

Vous faites aussi des mises en scène en studio…

Il y en a que j’ai réalisée là-bas. Par exemple les bombes que j’ai prises en photo au Laos. On m’a prêté des bombes. J’en ai fait une nature morte avec un linge qui séchait en terrasse. C’est une zone où il y avait beaucoup d'agriculture autrefois et qui est aujourd’hui abandonnée à cause des mines. 

Les États de ces pays font-ils quelque chose pour améliorer la situation ? 

Oui, il y a des démineurs. Simplement, il y a beaucoup de travail et c’est tellement dispersé… Le travail est très lent et très coûteux. S’il y a toujours des endroits non déminés, c’est parce qu’il y en a trop. Il y a aussi des ONG sur place qui font beaucoup de travail. Mais il en reste toujours… Auprès des populations, il y a aussi de la prévention. Mais cela ne suffit pas. 


De la série UXO © Margaux Senlis

 

Propos recueillis par Coline Olsina & Jean-Baptiste Gauvin

 

Circulations(s) 2020

Du 5 juin au 28 juillet 2020

Centquatre, 5 rue Curial - 75019 Paris

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