À Arles, un œil dans le rétro 

Avec ses « Relectures », Arles vous invite à redécouvrir quatre pointures du patrimoine photographique mondial, sous un angle nouveau. L’édition 2025 est riche avec une rétrospective consacrée à Claudia Andujar, de la mode, du reportage et un pont jeté entre la France et l’Amérique.

Férus de mode, voici l’exposition à ne pas rater ! L’icône de la haute couture Yves Saint Laurent est à l’honneur dans les bâtiments industriels de la Mécanique Générale. Conçue à partir de la collection photographique du Musée Yves Saint Laurent Paris, l’exposition « Yves Saint Laurent et la photographie » propose une immersion dans l’univers du couturier et un voyage à travers l’histoire conjointe de la mode et de la photographie.

Le premier parcours présente une galerie de portraits emblématiques du couturier. Vous y verrez plus de 80 œuvres signées des grands photographes du 20ᵉ siècle. Irving Penn, et son célèbre portrait du jeune Yves Saint Laurent à ses débuts, mais aussi Cecil Beaton, Richard Avedon, William Klein, Frank Horvat, Patrick Demarchelier, Dominique Issermann, Henri Dauman ou Sarah Moon, pour n’en citer que quelques-uns. 

Conçue comme un cabinet de curiosités, la seconde partie de l’exposition présente plus de 200 objets d’archives – planches contacts, catalogues, coupures de presse, photographies personnelles – illustrant le rôle central de la photographie dans l’œuvre d’Yves Saint Laurent et au sein de sa maison de couture. On y retrouvera des classiques, comme la robe « Hommage à Piet Mondrian » photographiée par Peter Knapp.

ELLE, septembre 1965. Robes de cocktail de la collection haute couture automne-hiver 1965, également connue sous le nom d’« Hommage à Piet Mondrian ». © Peter Knapp
Yves Saint Laurent, Paris, 1957.
© Irving Penn

Tout aussi iconique, bien que plus discret, Louis Stettner fait l’objet d’une passionnante rétrospective à l’espace Van Gogh. Fait notoire, les 150 photographies d’époque et modernes de cet ancien membre de la Photo League, présentées dans « Le monde de Louis Stettner (1922-2016) », ont été tirées par le photographe en personne. L’occasion de (re)découvrir l’œuvre transatlantique de ce photographe américain arrivé en France en 1946. 

« Louis Stettner est un pont entre la street photography américaine et la photographie humaniste française. Il s’est passionné tout au long de sa vie pour les luttes sociales », rappelle Virginie Chardin, commissaire de l’exposition. « Très engagé politiquement dans les années 1970, il participe aux combats pour le féminisme, contre le racisme et la pauvreté, ce qui lui vaut d’être surveillé par le FBI. »

Les visiteurs peuvent admirer sa série « Workers », en hommage aux travailleurs et aux salariés du monde entier. « Ils produisent tout ce qui nous entoure : vêtements, nourriture, logement, mais ils se trouvent tout en bas de l’échelle sociale. » se désolait-il. A voir aussi, ses portraits tendres de Parisiens et de New-Yorkais, comme ceux de la série Nancy, une jeune beatnik américaine. Surprise, il y aura aussi des tirages inédits ! 

Manifestation pour les travailleurs agricoles unis, New York, vers 1975. © Louis Stettner
Nancy jouant avec un verre, Nancy, série Beat Generation, New York, 1958. © Louis Stettner

Parmi les rétrospectives les plus attendues de ce chapitre, celle de Letizia Battaglia, à la Maison des Peintres, figure en bonne place. Dans les années 1970, la photographe italienne documente les atrocités de la mafia, tout en célébrant la beauté et la résilience de sa ville natale. « J’ai toujours cherché la vie » présente son parcours créatif à travers plus de cent œuvres. Quelques-unes de ses images les plus célèbres sont visibles dans l’exposition. 

L’occasion de revoir ce portrait, très digne, de Rosaria Schifani, veuve d’un garde du corps assassiné au début des années 1990. Ou cette photo de reportage musclée, « L’arrestation du féroce chef mafieux Leoluca Bagarella », prise à Palerme, en 1979. On le sait moins, Letizia Battaglia a également créé plusieurs revues et fondé une maison d’édition. L’exposition insistera sur cet engagement politique et civil de l’artiste. 

« L’exposition entend également mettre en lumière la volonté de l’artiste de représenter, à la même époque, sa ville et sa région dans leur globalité, et le talent qu’elle déploie pour en montrer les misères et la noblesse », note Walter Guadagnini, son commissaire. « Avec l’amour et la joie, la beauté des visages des filles et des garçons, les traditions et fêtes religieuses, allant jusqu’à livrer un témoignage important sur la vie au sein d’un hôpital psychiatrique. »

Rosaria Schifani, veuve du garde du corps Vito Schifani, tuée aux côtés du juge Giovanni Falcone, Francesca Morvillo et de leurs collègues Antonio Montinaro et Rocco Di Cillo, Palerme, 1992. © Letizia Battaglia
L’arrestation de l’impitoyable chef de la mafia Leoluca Bagarella, Palerme, 1979.© Letizia Battaglia

Pour clore en beauté ce voyage dans le passé, Arles a mis sur pied la première rétrospective internationale consacrée au travail que l’artiste et militante Claudia Andujar a réalisé au Brésil dans les années 1960 et 1970, avant son engagement auprès du peuple indigène Yanomami d’Amazonie, qui l’a rendue mondialement célèbre. 

«”À la place des autres”  se concentre sur une période largement inédite de la carrière de la photographe et nous aide à appréhender l’œuvre de l’une des plus importantes photographes brésiliennes. » nous informe le commissaire Thyago Nogueira. Avec ses portraits de familles brésiliennes, ses photos de rues et ses réflexions sur la féminité, ce volet est essentiel pour saisir l’essence de son activisme. 

De la série Rua Direita, São Paulo, SP, vers 1970.© Claudia Andujar
De la série A Sõnia, São Paulo, SP, vers 1971. © Claudia Andujar

Le parcours « Relectures » est à découvrir au festival Les Rencontres de la photographie à Arles, du 7 juillet au 5 octobre 2025. 

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