Alejandro Cartagena, le Mexique à bout portant
Le San Francisco Museum of Modern Art consacre sa première rétrospective à Alejandro Cartagena, photographe reconnu pour ses images percutantes explorant la frontière Etats-Unis–Mexique.
Par Guénola Pellen. Photos d’Alejandro Cartagena.
Perché sur un pont piétonnier surplombant l’autoroute 85 à Monterrey, Alejandro Cartagena a photographié pendant un an les ouvriers qui gagnent leurs chantiers dans les bennes de camionnettes. Vu d’en haut, chaque véhicule devient un théâtre minuscule où des hommes somnolent, sans ceinture, livrés à une vulnérabilité que la répétition élève en constat politique. « Les ouvriers du bâtiment achetaient des maisons à une heure ou plus de leur lieu de travail et il n’y avait pas de transport en commun pour eux, alors j’ai commencé à documenter comment les gens utilisaient leurs voitures », déclare le photographe à propos de la série « Carpoolers ».
Né en République dominicaine en 1977, Alejandro Cartagena vit et travaille à Monterrey, au Mexique, depuis 1990. Son travail se concentre sur l’exploration du paysage en tant qu’outil d’observation des constructions culturelles, sociales et politiques qui façonnent les sociétés latino-américaines.
Dans « Suburban Bus », il remonte la ligne qu’il empruntait pour travailler au restaurant familial entre 1993 et 2004. Mains agrippées aux barres, corps oscillant dans la pénombre de l’aube — il saisit l’épuisement silencieux de ceux que la métropole absorbe et recrache à la lisière de la nuit.
Avec le photographe Rubén Marcos, il installe un fond blanc devant les centres commerciaux et les églises du Nuevo León, invitant plus de 800 inconnus à poser. Tops à bretelles, jeans taille basse, BlackBerry en main — chacun apporte sa prestance ou sa timidité, esquisse vibrante d’une époque.
« Rivers of Power » documente les ravages de l’ouragan Alex, qui a transformé le lit d’ordinaire asséché du fleuve Santa Catarina, à Monterrey, en une crue dévastatrice. Entremêlant ses propres clichés et des images de presse, Cartagena interroge la manière dont on cadre — et apprivoise — la catastrophe.
Sa trilogie « Invisible Line » sonde la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique — non comme un trait sur une carte, mais comme une force qui façonne les existences des deux côtés. Une mère et sa fille se touchent à travers une barrière métallique : la restriction, ici, n’abolit pas le lien.
Alejandro Cartagena conçoit le fotolibro comme une forme vivante. A Small Guide to Homeownership tient entre deux paumes, modeste et incisif — un condensé de son exploration du logement au Mexique. Avec vingt-sept ouvrages publiés, il rappelle que les images n’acquièrent leur plein sens que dans la séquence.
L’exposition « Alejandro Cartagena: Ground Rules » est à découvrir au San Francisco Museum of Modern Art jusqu’au 19 avril 2026.
Le catalogue de l’exposition, Alejandro Cartagena: Ground Rules, est publié par Aperture et disponible au prix de $65.