À la galerie Bigaignon, à Paris, Catherine Balet présente « Albédo », sa quatrième exposition personnelle, visible jusqu’au 4 octobre 2025. La série explore la relation intime entre l’eau et la lumière, deux éléments qui deviennent ici bien plus que des motifs visuels : ils sont les véritables protagonistes d’un dialogue sensible et mouvant.
Le titre de l’exposition, emprunté au vocabulaire scientifique, désigne le rapport entre la lumière reçue et celle qui est réfléchie par une surface. Pour Catherine Balet, cette notion devient une métaphore poétique. Elle traduit ce que la photographe cherche à capter : l’interaction constante et imprévisible entre la matière, l’énergie et la perception.
Pour cette série, l’artiste a recouvert ses tirages d’un verre à surface texturée. Ce matériau, loin de se limiter à un rôle de protection, agit comme une membrane active qui déforme et diffracte la lumière. Les ondulations de l’eau et du verre se superposent pour dessiner de nouvelles formes, des figures géométriques ou presque abstraites, qui font vibrer les images selon l’angle de vue.
L’approche de Catherine Balet repose sur une curiosité constante pour les croisements entre les médiums. « J’ai toujours été obsédée par la frontière entre peinture et photographie, et j’ai souhaité expérimenter de nouvelles techniques pour créer quelque chose d’inhabituel avec des outils classiques », confie-t-elle. Cette démarche transparaît dans chaque œuvre : la lumière, plus qu’un simple outil d’éclairage, devient ici un matériau à part entière.
Chaque photographie est ainsi pensée comme une rencontre entre l’élément liquide et la lumière. On y distingue des silhouettes flottantes, des fragments de corps en suspension, des reflets instables qui brouillent les contours. Les visages sont parfois à peine perceptibles, comme engloutis dans le mouvement. Ailleurs, la surface d’un lac ou d’une rivière se transforme en un tissu mouvant, presque pictural, rappelant par endroits les touches vibrantes des impressionnistes.
Dans certaines œuvres, les reflets se mêlent à des éclats d’or, comme une réminiscence des vitraux qui ont inspiré l’artiste. Dans d’autres, l’eau semble absorber la présence humaine, réduisant les corps à de simples traces lumineuses. « Toutes les références de l’histoire de l’art qui me hantent depuis l’adolescence font aujourd’hui partie de mon inconscient », explique-t-elle. Elles imprègnent ses compositions et enrichissent leur lecture, sans jamais les figer dans un discours théorique.
Ce travail nous sensibilise évidemment à l’élément aquatique. L’eau devient ici un espace de contemplation et de mémoire, un lieu d’intimité où le corps retrouve un lien presque sacré avec la nature. « “Albédo” évoque la lumière renvoyée par les corps immergés, en écho à un lien ancestral, presque sacré, entre l’Homme et l’eau. » D’ailleurs, l’artiste a aussi collecté dans l’eau des pierres sur lesquelles elle a directement imprimé ses images. Des objets touchants, évoquant ceux que l’on peut produire en souvenir de vacances en famille.
L’exposition, qui réunit une vingtaine de pièces récentes, sans compter les objets, rappelle la place singulière de Catherine Balet – peintre, photographe, fascinée par la révolution digitale – dans l’art contemporain. Elle y déploie une œuvre où la technique se met au service de l’émotion, où l’observation attentive de la nature devient une méditation silencieuse sur la beauté des éléments.
« Albédo », de Catherine Balet, est visible jusqu’au 4 octobre 2025 à la galerie Bigaignon, à Paris.