L'Etoile © Diana Markosian
EN IMAGES

Diana Markosian photographie un ballet au bord de la disparition

Dans les coulisses du Ballet national de Cuba, Diana Markosian photographie ce qui reste lorsque le rideau tombe. Dans son exposition intitulée « Fantômes », qui s’achève cette semaine chez Picto à Brooklyn, les corps apparaissent et se dissolvent, suspendus entre discipline et doute, tradition et disparition.

Par Jonas Cuénin. Photos de Diana Markosian.

Danseuses ajustant leurs chaussons © Diana Markosian

Les images de Diana Markosian dérivent à travers les couloirs, les salles de répétition et les scènes faiblement éclairées, où le ballet survit dans des conditions fragiles. Elle même ancienne danseuse, la photographe aborde cet univers de l’intérieur. Son regard s’attarde sur les gestes, les pauses et les moments de retrait — là où le poids de l’histoire s’installe silencieusement. Inspirée par Fantômes de Victor Hugo et par le ballet Giselle, créé à Paris en 1841, la série se déploie autour d’un récit d’amour, de perte et de retour. À Cuba, pourtant, Giselle résonne autrement. Autrefois symbole de fierté nationale, le ballet évolue désormais sur un terrain incertain.

Le Corps © Diana Markosian

Ici, les danseurs n’apparaissent presque jamais pleinement visibles. Les corps se multiplient, se brouillent et se dissolvent. Le tulle devient brume, le mouvement laisse des traces. La scène se transforme en un espace de suspension, où l’identité n’est jamais fixe. Comme l’écrit Jennifer Homans dans le New Yorker, ces figures semblent « se défaire, se dupliquer et se dissoudre sur leurs contours ».

Danseuses en bleu, II © Diana Markosian

La lumière agit comme la mémoire dans ces photographies — instable, sélective, parfois violente. La couleur s’infiltre aussi dans le cadre, et l’obscurité engloutit les visages et les gestes. Plutôt que la clarté, Diana Markosian privilégie l’atmosphère. Pour des images magnifiques.

Danseuses en coulisses © Diana Markosian

Au cœur de « Fantômes » se trouve aussi l’idée de la transmission : ce qui se préserve, ce qui ne survit que par la répétition. Le ballet n’est pas ici un spectacle, mais une forme d’endurance — maintenue par le rituel, la discipline et une croyance collective. Diana Markosian photographie une communauté liée par la dévotion, mais hantée par l’impermanence. Celle de l’avenir incertain.

Danseurs en bleu III © Diana Markosian

« Fantômes », de Diana Markosian, est produit par SQUADRA et présenté chez PICTO New York, à Brooklyn, jusqu’au 19 décembre 2025.

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