Festival Portrait(s) 2025 de Vichy : une célébration des corps et des âmes

En ce vendredi 20 juin 2025, la foule s’est pressée nombreuse aux Grand Thermes pour l’inauguration de la 13e édition du festival Portrait(s), devenu un incontournable de la saison estivale de la ville de Vichy. Au programme cette année, la plus vaste rétrospective en France consacrée au travail d’Isabelle Munoz, figure majeure de la photographie espagnole contemporaine.

Née en 1951 à Barcelone, elle n’a pas encore 30 ans quand elle décide de faire de sa passion pour le 8e art son métier. Dès ses débuts dans les années 1980, obsédée par la beauté de la peau, et pour mieux en reproduire le grain et la lumière, elle s’initie à toutes sortes de supports parmi lesquels le collage, ou même encore à des procédés chimiques particuliers tel que le cyanotype.

Sans titre. Série Primates, 2013 © Isabel Muñoz
Sans titre. Série Hijras, 2012 © Isabel Muñoz
Sans titre. Série Etiopía, 2005 © Isabel Muñoz

Toujours avide d’expérimentations, elle étudie en 1986 le grand format à L’ICP de New York. C’est auprès de Craig Stevens – spécialiste du genre – qu’elle va avoir la révélation et trouver son identité visuelle : ses images seront imprimées sur des tirages au platine – technique artisanale quelque peu oubliée. Fascinée par la danse qui transcende les corps, Munoz va dès lors arpenter le monde. De Cuba au Brésil en passant entre autres par la Chine ou le Cambodge où elle s’intéresse au ballet traditionnel khmer, ses images puissantes sont le moyen pour elle de partager ses émotions.

C’est dans ce petit pays meurtri du Sud Est asiatique qu’elle va développer l’idée d’une nouvelle série pour documenter le sort tragique des mutilés du génocide et des petites victimes de l’esclavage sexuel. Depuis, elle ne cesse de porter son objectif curieux sur la cause des enfants et sur la diversité de l’identité humaine. « La main gauche de la nuit », réalisée sous le commissariat de François Cheval, est une exposition fascinante qui permet de parcourir l’ensemble de son œuvre depuis ses premiers travaux menés en Espagne jusqu’à sa dernière série, une réflexion sur les cyborgs. A travers ses photographies au format magistral, pour la plupart tirées par elle-même, ses installations ou ses films, on y découvre la puissance et le manifeste engagé d’une artiste sensible. 

Sans titre. Série Being there, 2023 © Omar Victor Diop & The Anonymous Project
Sans titre. Série Being there, 2023 © Omar Victor Diop & The Anonymous Project
Sans titre. Série Being there, 2023 © Omar Victor Diop & The Anonymous Project

Dans un tout autre registre et un clin d’oeil pop à la cité thermale, riche d’une iconographie pointue allant de la moitié du 20e siècle à nos jours, les photos pleines de peps, issues du cinéma ou de la mode, présentées sur les bords de l’Allier sont un hommage au carreau Vichy, motif popularisé par l’impératrice Eugénie et rendu célèbre par Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme. Une balade joyeuse au fil de l’eau à ne surtout pas manquer qui fait vraiment du bien, indispensable dans notre époque tourmentée qui rappelle d’autres heures sombres de l’Histoire. 

Parce que le festival se veut aussi un lieu de partage et de transmission, carte blanche est donnée cette année à Brigitte Patient avec la « Voix du regard » pour décrypter avec ses mots et son timbre si particulier, teinté de bienveillance, une photo issue de « Being there » de Lee Shulman, fondateur de the Anonymous Project, spécialiste de la photographie vernaculaire et du photographe Omar Victor Diop, connu pour ses autoportraits déjantés : l’association audacieuse d’un « juif d’Europe centrale et d’un sénégalais », comme ils aiment se définir, qui se sont rencontrés en 2019 sur le festival. Passionnant.

Wala, CAVILAM – Alliance Française, Vichy, 2025 © Namsa Leuba

Une édition encore une fois éclectique qui ne manquera pas d’attirer un public toujours plus nombreux.

Festival Portrait(s) 2025 de Vichy, jusqu’au 28 septembre 2025.

Gwendoline. Vichy, 2025 © Meyer / Tendance Floue
Alexia. Vichy, 2025 © Meyer / Tendance Floue
Salle de conférence de l’hôtel Thermal. Karlovy Vary, République tchèque, 2025 © Patrick Tourneboeuf / Tendance Floue

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