Invisible Sun : beauté fragile et traumatisme

Publié chez Dust Collective, Invisible Sun d’Amani Willett croise archives, IA et images intimes pour tenter de donner forme à un trauma datant de l’enfance du photographe : des expériences de mort imminente provoquées par des urgences médicales.

« Les évènements traumatiques se logent dans le corps – ils changent la manière dont nous évoluons, ce que nous ressentons physiquement et émotionnellement, bien que nos souvenirs demeurent flous ou incomplets », déclare Amani Willett. Dans les années 1970, le photographe américain – alors enfant et habitant en Tanzanie – a subi deux lourdes interventions médicales pour délier des nœuds formés dans ses intestins. Des opérations qui occasionnaient, à l’époque, de gros risques. « J’ai failli mourir les deux fois. Si je ne me rappelle pas précisément des détails – le brouillard de l’enfance et des traumas – je sais que ça a laissé une marque profonde », confie-t-il. Une peur, celle d’avoir approché de près la mort à un si jeune âge, qui reste ancrée et affecte son corps durablement.  

Alors, pour s’en libérer, le photographe entame des traitements à la kétamine lui permettant d’explorer les cicatrices intérieures causées par ses visites à l’hôpital. Des sessions qui provoquent des visions extrêmement réalistes. « C’était comme des rêves lucides, qui m’ont aider à accéder à des parties de ma mémoire jusqu’alors impénétrables », explique-t-il. Après chaque séance, Amani Willett écrit l’écho des sensations dans des journaux dont il décide ensuite d’utiliser des extraits pour créer sa propre archive numérique à l’aide de l’IA. Une manière de refléter la confusion d’un état tout en tissant des ponts nécessaires entre souvenirs, corps et imagination – pour parvenir à retrouver l’essence de cette fragilité qui le hante.

De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet

Au pas de la mort

Et c’est justement en s’y confrontant que l’artiste imagine Invisible Sun. Comme une réponse sensorielle à cette chose qu’on peine à définir, cette précarité latente, le livre explore « un espace au-delà du langage écrit ». Croisant paysages, portraits et créations numériques, Amani Willett cherche à multiplier les registres, à convoquer une expérience immersive faite de plusieurs couches pour parvenir à « raconter une histoire ressentie et non littérale ». 

Sombres, délicates, les images rassemblent deux notions : « la beauté de la fragilité et l’émerveillement face au mystère ». « J’ai été au pas de la mort si jeune que j’ai toujours su que la vie était friable – et pourtant, elle contient tant de splendeur. Pour moi, ces deux champs sont inséparables », commente-t-il.

De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet

Une vision nuancée qu’il parvient à mieux comprendre, à mieux accepter à mesure qu’il l’illustre, et qu’il cherche, aujourd’hui, à diffuser : « Il y a tellement de préjugés autour du traumatisme – surtout lorsque celui-ci est psychologique. Les gens l’internalisent, le laissent pourrir. Je voulais, au contraire, lutter contre ce silence. En partageant mon histoire, j’espère créer un lieu où les autres peuvent reconnaître la leur. »


Invisible Sun, d’Amani Willett, publié chez Dust Collective, est disponible en précommande au prix de 60$.

De Invisible Sun © Amani Willet
De Invisible Sun © Amani Willet

Vous avez perdu la vue.
Ne ratez rien du meilleur des arts visuels. Abonnez vous pour 7€ par mois ou 84€ 70€ par an.