Photographe new-yorkais de publicité, de magazine et d’art, John Dolan est particulièrement réputé pour ses photographies de mariages… En 35 ans, il en a immortalisé plus de 350, dont ceux de célébrités comme Gwyneth Paltrow, Will Smith, Ben Stiller et bien d’autres. Dans son ouvrage The Perfect Imperfect paru chez Damiani, Dolan saisit l’inattendu et les émotions les plus intimes qui traversent chacun lors de cette journée si particulière.

© Photographs, John Dolan

C’est au mariage de son frère, en 1987, que le John Dolan a apporté son appareil et photographié pour la première fois une cérémonie. Il raconte : « J'étais son témoin. Notre frère aîné, Fred, un prêtre catholique, célébrait sa première cérémonie. Tous les trois, nous plaisantions et nous taquinions nerveusement dans la sacristie juste avant la messe. Pendant une accalmie, tout est devenu silencieux et j'ai regardé Michael assis sous une fenêtre. Cette personne avec qui j'ai partagé une chambre pendant les treize premières années de ma vie était sur le point de descendre l'allée. Il s'est assis en avant, en équilibre, impatient de commencer la cérémonie. J'ai levé mon appareil photo et seul l'enfant de chœur l'a remarqué. »

Cette photo figure dans l’ouvrage. En plein milieu de celle-ci, son frère est assis en costume et noeud papillon. Il porte une boutonnière fleurie blanche, légère, qui contraste avec son visage inquiet et sombre. Il attend avec impatience et inquiétude la venue de la mariée et l’ouverture de la cérémonie. « Est-ce une bonne idée ? », « Viendra-t-elle ? » Dolan saisit avec justesse ces instants préparés et répétés, et pourtant sur le fil, car soumis à l’imprévisible.

© Photographs, John Dolan

Quelle que soit la cérémonie, le déroulement est le même : la préparation, l’union puis la célébration. Et pourtant chacun de ces événements est unique, à l’image de ceux s’unissent ce jour-là, leur entourage, le lieu choisi pour les festivités. Ce qui intéresse John Dolan dans l’exercice de la photo de mariage, c’est que cet événement à haute portée symbolique est un creuset d’émotions. Entre imprévus, la cérémonie du mariage prend bien souvent des allures de débâcle organisée.

C’est là que le photographe de mariage peut librement extraire toute la matière vivante dont il a besoin: « Les mariages sont à lintersection de tout ce que j'aime photographier : les familles, les amoureux, les gens nerveux. Je savais où je pouvais retrouver cela chaque week-end. Le chaos de la maison d'une mariée le jour d'un mariage m'était immédiatement familier. Des chambres bondées de gens dans des états dhabillement très approximatifs, c'était mon quotidien en grandissant avec cinq frères et sœurs. Un appareil photo est invisible au milieu de ce chahut et cela permet au photographe denregistrer tranquillement. »

© Photographs, John Dolan
© Photographs, John Dolan

Dolan cherche aussi la fragilité et les failles au sein du rituel. Lors de la préparation, il photographie les mariées dans leurs robes blanches immaculées. Tantôt madones, tantôt fantômes, ces femmes apparaissent souvent songeuses dans leurs derniers instants de solitude - alors même que bien souvent, une assemblée grouille autour d’elles -, avant le grand saut de la cérémonie et de la vie à deux.

Il décoche également les regards éblouis de pères qui admirent fiers et émus la beauté de leur fille qu’ils devront bientôt abandonner aux bras d’un autre. Les mères répètent le déroulé de la cérémonie dans leurs têtes et se demandent si elles n’ont rien oublié. Les demoiselles d’honneur tirées à quatre épingles se préparent à défiler ou se font des confidences en regardant la salle comme pour repérer les célibataires. Tandis que les témoins, en bande, ont l’air de poursuivre leur EVG, hilares. Le témoin appliqué révise son discours en dernière minute dans les jardins. Et l’indifférence des enfants d’honneur à l’arrivée des mariés qui parcourent l’allée vers l’autel est toujours aussi touchante.

© Photographs, John Dolan

L’union décrispe alors les visages, comme si le rassemblement des deux amants et de leurs familles faisait s’évaporer les doutes. Avec virtuosité, John Dolan capture les deux époux qui s’embrassent et s’étreignent. Il joue sur la lumière, le noir et blanc, ainsi que les matières du voile, de la robe et du costume, il fait fusionner les deux amants dans des tableaux impressionnistes sublimes, une promesse d’union éternelle.

 

Par Marie dHarcourt

Marie d'Harcourt est auteure et éditrice chez Blind Magazine, à Paris.

 

John Dolan, The Perfect Imperfect. The Wedding Photographs of John Dolan, éditions Damiani, 268 pages, 195 illustrations, 75€

 

Le choix du photographe est capital pour immortaliser ce moment unique. Spark accompagne les futurs mariés pour choisir le photographe qui leur conviendra le mieux le jour J.

 

© Photographs, John Dolan
© Photographs, John Dolan
© Photographs, John Dolan
© Photographs, John Dolan

 

Voir : The Infinite Present : un jour, une photographie

 

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